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Géopolitique

L’âge de la slopagande

Le Grand Continent · mis à jour 1 juil.

Pour comprendre le nouveau régime informationnel, il faut élaborer une nouvelle théorie de la propagande à l'ère de l'IA. L’article L’âge de la slopagande est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Définition slopagande

La slopagande est un néologisme formé à partir des mots anglais slop (bouillie, soupe) et propaganda (propagande). Ce terme désigne une nouvelle forme de propagande qui utilise des images et vidéos générées par intelligence artificielle (IA) de mauvaise qualité, produites en masse et diffusées sur les réseaux sociaux à des fins politiques. Contrairement à la propagande traditionnelle, la slopagande ne cherche pas à convaincre de la véracité d’un message, mais à saturer l’espace informationnel de contenus absurdes, grotesques ou visuellement défaillants. L’objectif n’est plus de servir des fins politiques précises, mais de rendre toute information suspecte et de vider le concept même de vérité de sa substance. Par exemple, des images de Donald Trump en Jésus guérisseur ou en Jedi, créées par IA, illustrent cette tendance.

Origines et acteurs

La slopagande a été popularisée par des personnalités politiques comme Donald Trump, qui l’utilise massivement sur ses réseaux sociaux. En 2026, ses comptes diffusent régulièrement des contenus générés par IA, souvent qualifiés de deepfakes (faux réalistes créés par IA) ou de mèmes (images virales détournées). Trump n’est pas le seul à recourir à cette stratégie : ses opposants politiques, comme des comptes liés à la Maison-Blanche, répondent par des contenus similaires. Par exemple, une image du bassin du Lincoln Memorial montrant Trump aux côtés de Jeffrey Epstein a été partagée en juin 2026. Des États comme l’Iran exploitent aussi cette technique pour des vidéos en style Lego, visant à ridiculiser des dirigeants étrangers. Ces acteurs utilisent des outils d’IA accessibles pour créer et diffuser rapidement des contenus polarisants.

Mécanismes et diffusion

La slopagande se propage à une vitesse vertigineuse sur les plateformes numériques, saturant les fils d’actualité des réseaux sociaux. Selon des analyses de 2024 et 2025, une grande partie des contenus politiques en ligne serait désormais générée par IA, que ce soit par des comptes officiels ou des utilisateurs ordinaires. Par exemple, des études estiment qu’une majorité des publications sur LinkedIn ou X (ex-Twitter) pourraient être artificielles. Cette diffusion massive a des répercussions concrètes : des campagnes électorales intègrent ces outils, et des fausses informations générées par IA ont contribué à alimenter des tensions sociales, comme des manifestations anti-migrants au Royaume-Uni en juin 2026. La slopagande exploite la viralité des réseaux sociaux pour amplifier son impact.

Effets sur la politique

La slopagande aggrave une crise de la communication politique en rendant toute information suspecte. Dans un contexte où les discours politiques peinent à proposer des visions d’avenir crédibles, ces contenus absurdes décrédibilisent davantage les institutions. L’objectif n’est plus de convaincre, mais de semer le doute systématique : plus aucun texte, image ou discours n’est fiable. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de l’ère de la post-vérité (où la perception prime sur les faits), mais la slopagande en offre une déclinaison visuelle. Par exemple, des analyses de 2026 décrivent ces contenus comme le reflet d’une « vie fantasmée » ou un trolling déguisé en communication officielle, contribuant à polariser les débats.

Lien avec le totalitarisme

La slopagande partage des traits avec la propagande totalitaire du XXe siècle, notamment son usage de l’esthétique pour façonner la réalité. Dans les années 1910, des mouvements comme le futurisme italien (dirigé par Filippo Tommaso Marinetti) prônaient la destruction de l’ancien pour créer un monde nouveau, une idée reprise par les régimes fascistes et communistes. Leur propagande ne se contentait pas de refléter la réalité, mais cherchait à la transformer. La slopagande s’inscrit dans cette logique en utilisant des outils modernes : elle conditionne les esprits non par des arguments, mais par une esthétique défaillante et répétitive. Comme le note l’historien Boris Groys, cette approche vise à créer une « nouvelle culture » par un acte total de création, ici rendu possible par l’IA.

Ce que ça pourrait changer

La *slopagande* a des répercussions au-delà du numérique : elle influence les comportements et les croyances dans la vie réelle. Par exemple, des contenus générés par IA ont attisé des tensions sociales, comme des manifestations anti-migrants au Royaume-Uni en juin 2026. Les politiciens intègrent désormais ces outils dans leurs stratégies de campagne, exploitant la précision et la rapidité de diffusion de l’IA pour cibler des publics spécifiques. Cette prolifération généralisée crée un climat de méfiance permanent, où chaque information est potentiellement un faux. Les utilisateurs se retrouvent piégés dans un présent politique marqué par le doute, incapable de distinguer le vrai du faux, et donc de se projeter dans l’avenir.

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