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Ils prétendaient revenir de Terre sainte : comment les poètes médiévaux démasquaient les faux pèlerins

The Conversation France · mis à jour 29 juil.

Enluminure de l’apôtre Jacques dans l’exemplaire salmantin du *Liber Sancti Jacobi* (*Codex Calixtinus*). Ministère espagnol de la Culture Au Moyen Âge, le pèlerin bénéficiait d’un statut privilégié.

Statut du pèlerin médiéval

Au Moyen Âge, le pèlerin bénéficiait d’un statut privilégié, protégé par des lois spécifiques. Ce statut découlait de motivations variées : dévotion religieuse, accomplissement d’un vœu, curiosité, ou même sanction pénale. Les trois grandes destinations de pèlerinage étaient Jérusalem, Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle, cette dernière devenant un lieu majeur à partir du XIIe siècle. Les pèlerins étaient reconnaissables à leur bourdon (bâton de marche) et leur aumônière (petit sac pour les aumônes). Leur prestige était tel que les croisades, à partir des XIe et XIIe siècles, leur offraient même des indulgences, c’est-à-dire une réduction des peines pour leurs péchés. Cependant, ce statut enviable n’était pas à l’abri des critiques ou des moqueries, notamment de la part des troubadours et poètes médiévaux.

Terminologie des pèlerins

Les textes médiévaux distinguaient parfois les pèlerins selon leur destination. Ceux qui se rendaient à Saint-Jacques-de-Compostelle étaient appelés pèlerins ou jacquets, tandis que ceux qui partaient pour Jérusalem étaient surnommés palmiers (en référence aux palmiers de la ville) et ceux pour Rome, romieux. Cette distinction n’était cependant pas toujours appliquée strictement. Par exemple, Dante, dans sa Vita Nuova, soulignait que le terme pèlerin désignait spécifiquement ceux qui voyageaient jusqu’en Galice, car le tombeau de saint Jacques y était le plus éloigné de sa patrie. Le Codex Calixtinus, un manuscrit du XIIe siècle consacré à saint Jacques, contenait même le premier grand guide du pèlerin de Compostelle, le Veneranda dies, qui décrivait le chemin du pèlerinage comme « étroit », symbolisant la difficulté de la voie vers la vie éternelle.

Satire des faux pèlerins

Les troubadours médiévaux, comme Marcabru ou Pero d’Ambroa, se moquaient ouvertement des faux pèlerins qui détournaient l’idéal du voyage sacré. Ces derniers étaient accusés de mentir sur leurs périples, de voyager dans le luxe ou d’abandonner leur voyage en cours de route. Un exemple marquant est celui de Pero d’Ambroa, un jongleur galicien qui prétendait avoir effectué un pèlerinage en Terre sainte sans jamais l’avoir fait. Plusieurs troubadours, dont Pedro Amigo de Sevilha et Pero Gomez Barroso, ont écrit des chansons satiriques pour le démasquer, révélant ses incohérences et son manque de sérieux. Pero d’Ambroa a tenté de se défendre, mais la polémique a persisté, illustrant la vigilance des poètes face aux imposteurs.

Incohérences géographiques moquées

Les troubadours utilisaient l’ironie pour dénoncer les incohérences des faux pèlerins. Par exemple, Martín Soares a écrit une chanson satirique sur Sueiro Eanes, un autre prétendu pèlerin en Terre sainte, en soulignant les absurdités de son itinéraire. Il imaginait que Marseille se trouvait au-delà de la mer, que Acre était voisine du col de Somport (dans les Pyrénées), ou encore que Sueiro Eanes pouvait partir de Nogueirol (en Galice) pour passer la nuit à Jérusalem. Ces exagérations montraient à quel point les récits des faux pèlerins étaient peu crédibles, même pour les contemporains.

Critique de María Pérez Balteira

María Pérez, surnommée Balteira, était une soldadeira (artiste et danseuse itinérante) du XIIIe siècle, proche de la cour d’Alphonse X de Castille. Elle est devenue la cible de chansons satiriques pour sa vie jugée dissolue, notamment après avoir prétendu revenir de Terre sainte en tant que croisée. Le troubadour Pero da Ponte l’a moquée en suggérant qu’elle avait « perdu » le pardon de ses péchés en hébergeant des jeunes hommes la nuit, comparant sa « valise » à un sac sans cadenas. Cette critique illustre comment les poètes médiévaux utilisaient l’humour pour dénoncer les contradictions entre les idéaux du pèlerinage et les comportements réels.

Ce que ça pourrait changer

L’article établit un parallèle entre les faux pèlerins médiévaux et les *turigrins*, des touristes modernes qui se donnent l’apparence de pèlerins à Saint-Jacques-de-Compostelle sans en respecter l’esprit. Ces visiteurs prennent des *selfies* sur les toits de la cathédrale, laissent des déchets sur la place de l’Obradoiro ou brûlent symboliquement leurs bottes à la côte atlantique, sans véritable engagement spirituel. Leur comportement, jugé éloigné de l’idéal du pèlerinage, rappelle les critiques des troubadours médiévaux. Le *Veneranda dies* du *Codex Calixtinus* décrivait déjà le chemin du pèlerinage comme « étroit », soulignant la difficulté de concilier voyage et authenticité.

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