Alain Soral, gourou de l'antisémitisme 2/4 : Les années FN et l'outrance
Passé par le Parti communiste, Alain Soral cherche une synthèse entre marxisme et nationalisme. Sa rencontre avec Dieudonné exacerbe son antisémitisme et, au milieu des années 2000, il entre au Front national.
Dans les années 1990, Alain Soral, figure controversée, adhère au Parti communiste français (PCF), un parti de gauche défendant des idées marxistes. Il en quitte les rangs pour proposer une synthèse entre marxisme (théorie économique et sociale prônant la lutte des classes et la propriété collective) et nationalisme (idéologie valorisant la nation et son identité). Soral se présente alors comme un penseur cherchant une voie médiane, ni de droite ni de gauche, qu’il qualifie de réconciliation nationale. Selon l’historienne Valérie Igounet, cette posture lui ouvre les portes du Front national (FN), parti d’extrême droite fondé en 1972 par Jean-Marie Le Pen, connu pour ses positions nationalistes et xénophobes. Pour Aurélien Montagner, chercheur en science politique, cette période marque pour Soral l’aboutissement d’une logique intellectuelle visant à identifier les responsables des mécanismes économiques qu’il critique.
En 2003, Alain Soral fait la connaissance de Dieudonné M’Bala M’Bala, humoriste et militant controversé, lors de la publication de son livre Jusqu’où va-t-on descendre ?. Les deux hommes se rapprochent rapidement, partageant selon Aurélien Montagner la conviction d’être persécutés par une même communauté. En 2004, Soral s’engage dans la liste EuroPalestine aux élections européennes, aux côtés de Dieudonné, un mouvement critiquant la politique israélienne et dénonçant ce qu’il qualifie de propagande sioniste. Le sionisme désigne le mouvement politique et idéologique prônant la création et le maintien d’un État juif en Israël. Valérie Igounet souligne que cette collaboration révèle déjà l’instrumentalisation par Soral des thèmes sionistes et antisionistes comme paravents à l’antisémitisme, une idéologie de haine envers les personnes de confession ou d’origine juive. Soral se retire rapidement de cette liste, mais cette expérience influence durablement sa trajectoire.
Au milieu des années 2000, Alain Soral intègre le Front national (FN), parti alors dirigé par Jean-Marie Le Pen, puis par sa fille Marine Le Pen à partir de 2011. Selon Aurélien Montagner, le FN tente à cette époque de se dédiaboliser, c’est-à-dire de modérer son image publique pour gagner en respectabilité. Soral, présenté comme un intellectuel de gauche ouvert aux banlieues et aux jeunes issus de l’immigration, est perçu comme un symbole de cette modernisation. Son arrivée est donc vue comme un signe d’ouverture pour le parti. Cependant, ses prises de position radicales, notamment lors de tractages en 2007 à Aulnay-sous-Bois aux côtés de Marine Le Pen, où il provoque et menace des journalistes, créent des tensions internes. En 2009, après seulement quelques années au FN, il quitte le parti, incapable de faire adopter sa ligne à l’ensemble de l’organisation.
Dès son passage au Front national, Alain Soral multiplie les déclarations et les actes perçus comme extrêmes, même par les membres de son propre parti. Ses propos, qualifiés de trop radicaux par les cadres du FN, incluent des accusations envers des groupes spécifiques, notamment les Juifs et les sionistes, qu’il associe à des mécanismes de pouvoir économique. Selon Valérie Igounet, cette période marque un tournant dans la carrière de Soral, où son antisémitisme devient plus visible et assumé. Ses interventions publiques, souvent teintées de provocations, alimentent les critiques et contribuent à isoler davantage sa figure au sein de l’extrême droite. Ces excès finissent par le marginaliser, y compris auprès de ceux qui partageaient initialement ses idées.
Malgré ses ambitions, Alain Soral ne parvient pas à imposer ses idées au sein du Front national. Son départ en 2009 marque l’échec de sa tentative d’infléchir la ligne du parti vers une synthèse entre nationalisme et critiques économiques radicales. Aurélien Montagner explique que Soral, convaincu d’avoir atteint une cohérence intellectuelle, se heurte à la réalité politique : ses propositions, jugées trop extrêmes, ne trouvent pas d’écho durable au sein du FN. Cette période illustre les limites de son projet de *réconciliation nationale*, qui visait à rassembler des courants politiques traditionnellement opposés. Son parcours révèle ainsi les tensions entre radicalité idéologique et pragmatisme politique dans l’extrême droite française.

