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Les cœurs transplantés s’adaptent à l’âge de leur hôte

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 3 j

La signature moléculaire d’un cœur greffé semble s’ajuster à l’âge du receveur..

Adaptation des cœurs

Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université Harvard révèle que les cœurs transplantés s’adaptent à l’âge biologique de leur nouveau propriétaire. Concrètement, un cœur provenant d’un donneur jeune vieillit plus rapidement dans le corps d’un receveur âgé, tandis qu’un cœur plus âgé semble rajeunir lorsqu’il est transplanté chez une personne plus jeune. Cette découverte a été observée à la fois chez des souris et des humains, suggérant que l’environnement biologique du receveur influence directement l’âge de l’organe greffé. Les chercheurs ont analysé des marqueurs génétiques liés au vieillissement, comme la méthylation de l’ADN (un processus chimique qui modifie l’expression des gènes avec l’âge), pour mesurer ces changements. Ces travaux, publiés sur le serveur bioRxiv et non encore validés par des pairs, pourraient redéfinir les critères de sélection des donneurs d’organes.

Méthylation de l'ADN

La méthylation de l’ADN est un mécanisme naturel qui ajoute ou retire des groupes chimiques (appelés groupes méthyle) sur l’ADN, influençant ainsi l’activation ou la désactivation des gènes. Ces modifications s’accumulent avec le temps et servent de marqueurs pour estimer l’âge biologique d’une cellule ou d’un tissu, distinct de l’âge chronologique (le nombre d’années vécues). Dans cette étude, les chercheurs ont analysé 320 000 régions du génome des cœurs transplantés pour comparer leur âge biologique avant et après la greffe. Par exemple, un cœur de souris jeune greffé chez une souris âgée a montré une accélération de sa méthylation, indiquant un vieillissement plus rapide. Ce phénomène a également été confirmé chez l’humain, où l’âge biologique des cœurs transplantés s’est aligné sur celui des receveurs.

Preuves chez l'humain

Les chercheurs ont étudié 11 cas de transplantations cardiaques humaines avec un écart d’âge important entre le donneur et le receveur. En analysant des biopsies (petits échantillons de tissu cardiaque) et des données médicales, ils ont utilisé une horloge épigénétique (comme l’horloge d’Horvath) pour mesurer précisément l’âge biologique des cœurs greffés. Les résultats ont montré que des indicateurs de santé cardiaque, comme la fréquence cardiaque ou la capacité à l’effort, étaient davantage liés à l’âge du receveur qu’à celui du donneur. Par exemple, un cœur de donneur âgé transplanté chez un receveur jeune a présenté des signes de rajeunissement moléculaire, bien que cela ne garantisse pas une meilleure fonction à long terme. Ces observations confirment les résultats obtenus chez les souris, renforçant la crédibilité de l’hypothèse.

Limites et précautions

Malgré ces découvertes, les experts soulignent que le rajeunissement moléculaire d’un cœur transplanté ne signifie pas nécessairement une amélioration de sa fonction ou de sa longévité. Le chirurgien cardiaque Pierre-Emmanuel Noly, de l’Institut de cardiologie de Montréal, précise qu’il n’existe pas de preuve que le cœur greffé d’une personne de 60 ans chez un receveur de 30 ans fonctionnera mieux ou plus longtemps. D’autres facteurs, comme la rigidité des vaisseaux sanguins ou l’état de santé général du receveur, jouent un rôle crucial. Par exemple, un cœur de donneur âgé avec une aorte rigide pourrait s’user plus rapidement chez un receveur jeune en raison d’un effort cardiaque accru. Les études cliniques existantes indiquent d’ailleurs que plus le donneur est âgé, plus les risques de complications post-transplantation augmentent.

Perspectives pour le don

Cette étude ouvre la possibilité d’élargir le bassin de donneurs d’organes en incluant des personnes plus âgées, ce qui pourrait sauver davantage de vies. Actuellement, environ 160 à 180 transplantations cardiaques sont réalisées chaque année au Canada, dont 35 à 45 au Québec. Cependant, les critères d’âge des donneurs restent stricts en raison des risques associés. Les chercheurs reconnaissent que des travaux supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats et évaluer leur application pratique. Les techniques de transplantation évoluent rapidement, mais un changement dans les protocoles de don d’organes n’est pas envisagé à court terme. Les études longitudinales (menées sur plusieurs années) prendront du temps avant de fournir des conclusions définitives.

Ce que ça pourrait changer

La première transplantation d’organes (un rein) a eu lieu à Boston en décembre 1954, tandis que la première greffe cardiaque humaine a été réalisée par le Dr Christiaan Barnard en décembre 1967 en Afrique du Sud. Au Canada, la première greffe cardiaque a été effectuée en 1968 par les Drs Pierre Grondin et Gilles Lepage à l’Institut de cardiologie de Montréal. Ces avancées ont marqué le début d’une ère où la transplantation d’organes est devenue une solution vitale pour des milliers de patients. Aujourd’hui, les protocoles de sélection des donneurs et les techniques chirurgicales continuent de s’améliorer, offrant de nouvelles perspectives pour les patients en attente d’une greffe.

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