Pour Israël, des agences de com’ créent un faux think tank pour influencer les chatbots
Par l’intermédiaire de l’agence de publicité Piro, Havas a monté de toutes pièces le site d’un faux « think tank » pour le compte d’Israël. Toutes les soi-disant études sont rédigées de manière à influencer les chatbots sur certaines questions concernant notamment Israël ou Gaza.
Deux agences de communication, Piro et Havas, ont créé un faux think tank nommé Hanover Institute for Public Policy pour promouvoir la communication d'Israël. Ce site, présenté comme un institut de recherche indépendant, publie des rapports et des articles conçus pour diffuser les messages officiels du gouvernement israélien dirigé par Benyamin Nétanyahou. Son design et son nom évoquent un organisme académique sérieux, ce qui permet à ses contenus de passer inaperçus lorsqu'ils sont repris par des chatbots comme ChatGPT, Perplexity ou Claude. Aucun article n'est signé, et le site ne mentionne pas directement son lien avec Israël, sauf dans un petit texte en bas de page indiquant qu'il est diffusé par Piro pour le compte de Havas Media Germany GmbH, agissant elle-même pour le ministère israélien des Affaires étrangères.
L'agence Piro a officiellement déclaré cette campagne d'influence aux autorités américaines en vertu du Foreign Agents Registration Act (FARA), une loi qui oblige les personnes ou entités menant des activités de lobbying pour un pays étranger à s'enregistrer auprès du Département de la Justice (DOJ) des États-Unis. Dans un document déposé en juillet 2026, Piro précise avoir été mandatée par la filiale allemande d'Havas pour un montant de 100 000 dollars, dans le cadre d'une mission plus large de communication numérique d'un million de dollars au total. Ce document liste également des dizaines d'articles publiés sur le site du Hanover Institute. Piro y décrit ses services comme incluant la stratégie, la recherche, le développement éditorial et la création de contenus, visant à influencer les réponses des chatbots sur des sujets liés à Israël.
Les résultats de cette campagne d'influence varient selon les plateformes. Certains chatbots comme Perplexity ont cité les contenus du Hanover Institute dans leurs réponses à des questions précises, notamment en anglais. Par exemple, lors de tests réalisés en août 2026, Perplexity a référencé ce faux think tank à plusieurs reprises pour des questions correspondant aux titres d'articles publiés sur le site. En revanche, d'autres chatbots comme ChatGPT ou Claude n'ont pas repris ces contenus lors des mêmes tests. Le site du Hanover Institute se présente comme étudiant les facteurs qui alimentent l'antisémitisme aux États-Unis, mais aucun article n'est signé et aucune source indépendante n'est citée, renforçant l'opacité de son origine.
Une autre opération similaire a été menée par l'ancien directeur de la campagne numérique de Donald Trump, Brad Parscale, via son entreprise Clock Tower X. Ce dernier a créé un site nommé Pax Point, présenté comme une organisation humanitaire israélienne engagée pour la paix. Comme pour le Hanover Institute, ce site ne mentionne pas directement son lien avec Israël, sauf dans un enregistrement FARA déposé en décembre 2025. Ce document révèle que Clock Tower X a passé un contrat avec la filiale allemande d'Havas pour mener des opérations d'influence numérique, incluant la création de sites web et de contenus destinés à influencer les chatbots. Le contrat prévoit également la production de 100 contenus originaux par mois, dont 80 % destinés à la Gen Z sur des plateformes comme TikTok, Instagram, YouTube et des podcasts.
À ce jour, les agences impliquées dans ces opérations – *Havas*, *Piro* et *Clock Tower X* – n'ont pas répondu aux demandes de l'article original publié en août 2026. Les contenus et les méthodes utilisées par ces agences soulèvent des questions sur l'éthique de l'influence numérique, notamment lorsque des acteurs étatiques ou des entreprises privées créent des faux *think tanks* ou des organisations fictives pour manipuler les réponses des *intelligences artificielles*. Ces pratiques pourraient avoir des répercussions sur la crédibilité des informations générées par les *chatbots* et sur la transparence des sources utilisées par ces outils.

