En cédant à l’extrême droite, Benyamin Nétanyahou s’est fourvoyé
Pour se maintenir au pouvoir, le Premier ministre israélien s’est progressivement rapproché des suprémacistes comme Itamar Ben Gvir, brisant la digue historique érigée par les fondateurs du Likoud. Autrefois marginal, le ministre de la Sécurité est devenu un acteur majeur qui concurrence la droite classique, obligée de courir derrière, déplore un éditorialiste conservateur du “Yediot Aharonot” qui appelle à rebâtir cette digue..
Le Likoud est un parti politique israélien de droite nationaliste, fondé en 1973 et dirigé par des figures comme Menahem Begin, qui a marqué son histoire. Historiquement, le Likoud maintenait une frontière claire entre lui et les mouvements d’extrême droite, notamment ceux prônant la suprématie juive ou l’expulsion des Arabes d’Israël. Par exemple, le mouvement du rabbin Meir Kahane, considéré comme ouvertement raciste, était systématiquement rejeté par le Likoud. Cette ligne rouge permettait au parti de se présenter comme une droite démocratique, tout en excluant les idées marginales et radicales. Cette distinction était cruciale pour préserver l’image du Likoud auprès de l’électorat modéré et international.
Benyamin Nétanyahou, Premier ministre israélien depuis plusieurs années, a progressivement abandonné cette frontière entre le Likoud et l’extrême droite. Son objectif était de conserver le pouvoir en s’appuyant sur une coalition élargie, incluant des partis et des personnalités marginales. Parmi eux, Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale depuis 2026, incarne cette évolution. Ancien partisan du mouvement de Kahane, Ben Gvir a vu son influence grandir au point de devenir un acteur politique majeur, capable de concurrencer la droite classique. Nétanyahou a ainsi sacrifié la distinction historique du Likoud pour des raisons purement politiques, afin de former des majorités gouvernementales.
Ce rapprochement avec l’extrême droite a eu des répercussions sur le paysage politique israélien. Itamar Ben Gvir, autrefois marginal, est désormais une figure incontournable, ce qui a poussé la droite classique à s’adapter et à adopter des positions plus radicales pour ne pas perdre son électorat. Selon un éditorialiste conservateur du Yediot Aharonot, cette stratégie a affaibli la cohésion du Likoud et remis en cause les valeurs traditionnelles du parti. Le quotidien souligne que Nétanyahou a détruit une digue politique essentielle, celle qui séparait la droite modérée des mouvements suprémacistes, sans pour autant en tirer un avantage durable.
L’éditorialiste Ben-Dror Yemini, dans le Yediot Aharonot, critique ouvertement cette stratégie. Il estime que Nétanyahou a commis une erreur en cédant à l’extrême droite, non pas par conviction idéologique, mais par calcul politique. Yemini appelle à reconstruire la digue historique qui séparait le Likoud des mouvements racistes, soulignant que cette frontière était un rempart contre la radicalisation de la société israélienne. Pour lui, cette compromission menace la stabilité politique et sociale du pays, en normalisant des idées autrefois marginales.
Menahem Begin, dirigeant historique du Likoud et Premier ministre d’Israël de 1977 à 1983, avait toujours refusé toute alliance avec des groupes comme celui de Kahane. Begin, bien que nationaliste, maintenait une ligne claire : le Likoud ne devait pas être associé à des mouvements prônant la suprématie juive ou l’expulsion des Arabes. Cette position a permis au parti de conserver une image de droite respectable, malgré son nationalisme. Nétanyahou, en revanche, a progressivement effacé cette distinction, au point que des figures comme Ben Gvir occupent désormais des postes clés dans le gouvernement.
L’article souligne que cette stratégie de Nétanyahou pourrait avoir des conséquences à long terme pour Israël. En intégrant l’extrême droite dans la sphère politique, le Premier ministre a ouvert la porte à une radicalisation accrue de la société israélienne. Le *Yediot Aharonot* et ses éditorialistes appellent à un retour à une droite modérée, capable de résister aux pressions des mouvements suprémacistes. Cependant, la dépendance de Nétanyahou à ces alliés pour conserver le pouvoir rend ce retour incertain, voire improbable dans l’immédiat.

