En cédant à l’extrême droite, Benyamin Nétanyahou s’est fourvoyé
En s’appuyant sur l’extrême droite pour consolider son pouvoir, Benyamin Nétanyahou a rompu avec une tradition politique israélienne qui distinguait la droite nationaliste des mouvements suprémacistes. Cette stratégie, analysée par un éditorialiste du Yediot Aharonot, révèle une dérive qui menace la cohérence idéologique du Likoud et interroge la pérennité de ses fondements historiques.
Quelle ligne rouge historique le Likoud a-t-il franchie sous Nétanyahou, et pourquoi cette frontière était-elle cruciale ?
Le Likoud, héritier de Menahem Begin, s’était toujours interdit de légitimer des mouvements ouvertement racistes comme celui du rabbin Meir Kahane, prônant la suprématie juive et l’expulsion des Arabes. Cette frontière idéologique, maintenue pendant des décennies, permettait au parti de se présenter comme une droite nationaliste acceptable aux yeux de l’électorat modéré et de la communauté internationale. Nétanyahou a progressivement effacé cette ligne en intégrant des figures comme Itamar Ben Gvir, réduisant ainsi la distinction entre droite classique et extrême droite.
Quel rôle a joué Itamar Ben Gvir dans cette dynamique, et comment son ascension illustre-t-elle le basculement du Likoud ?
Ancien partisan marginal du mouvement kahaniste, Itamar Ben Gvir est devenu un acteur central de la coalition gouvernementale, au point de concurrencer la droite traditionnelle. Son influence, notamment à travers son poste de ministre de la Sécurité nationale, symbolise l’alignement du Likoud sur des positions jusqu’alors marginalisées, forçant les autres factions de droite à adopter un discours plus radical pour ne pas perdre leur électorat.
Pourquoi Nétanyahou a-t-il choisi de s’allier à l’extrême droite malgré les risques politiques et symboliques ?
Sa survie politique dépendait de plus en plus de sa capacité à fédérer l’ensemble de la droite israélienne, fragmentée et divisée. En cédant aux exigences des suprémacistes, il a pu former des majorités gouvernementales instables mais indispensables, au prix d’un affaiblissement de la cohésion idéologique du Likoud et d’une normalisation de l’extrême droite dans le paysage politique israélien.
Ce que ça pourrait changer
Cette stratégie pourrait à terme fragiliser la légitimité internationale d’Israël en associant son gouvernement à des discours et des pratiques ouvertement discriminatoires. Elle risque aussi de polariser davantage la société israélienne, en creusant les divisions entre une droite modérée et une extrême droite de plus en plus influente. Enfin, elle interroge la capacité du Likoud à retrouver son identité originelle, ou si cette dérive marque un tournant durable vers un nationalisme plus radical.

