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L'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans est-elle possible ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 j

L'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans est un sujet aux enjeux majeurs. Un objectif de santé mentale des jeunes dont le pouvoir politique a voulu se saisir sur le modèle d’autres Etats.

Contexte de la loi

En juillet 2026, la France a adopté une loi visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans. Cette mesure avait pour objectif principal de protéger la santé mentale des jeunes, alors que les adolescents passent en moyenne 1 heure et 20 minutes par jour sur ces plateformes. Cependant, cette loi a été censurée par le Conseil constitutionnel dès le mois suivant, en raison de son caractère absolu et indistinct. Le texte prévoyait une distinction entre les réseaux sociaux selon leur niveau de risque, mais le Conseil a estimé qu'il portait atteinte à la liberté d'expression des mineurs, garantie par la Constitution française. Cette décision rappelle que toute restriction des libertés publiques doit être strictement proportionnée et encadrée.

Libertés en conflit

Le Conseil constitutionnel a souligné que la loi de juillet 2026 portait atteinte à deux libertés fondamentales : la liberté d'expression et la liberté de communication des idées, toutes deux protégées par le bloc de constitutionnalité (ensemble des textes constitutionnels français). Brunessen Bertrand, professeure en droit du numérique, explique que le texte initial ne respectait pas ce principe, car il ne distinguait pas suffisamment les réseaux sociaux selon leur dangerosité. Par exemple, certains réseaux comme TikTok ou Instagram ont été critiqués pour leur algorithme favorisant le défilement infini et le ciblage comportemental des utilisateurs, tandis que d'autres plateformes moins risquées auraient pu être accessibles sous contrôle parental. La censure constitutionnelle a donc mis en lumière l'équilibre nécessaire entre protection des mineurs et respect des libertés.

Rôle de l'autorité parentale

La loi de 2026 a également été critiquée pour avoir omis de prendre en compte l'autorité parentale dans son dispositif. Julie Groffe-Charrier, spécialiste du droit du numérique, précise que le texte sénatorial proposait une approche différenciée : certains réseaux, jugés à faible risque, auraient été accessibles aux mineurs sous supervision parentale, tandis que d'autres, considérés comme dangereux, auraient été interdits. Cette distinction visait à responsabiliser les parents tout en protégeant les jeunes. Cependant, le Conseil constitutionnel a estimé que cette approche restait trop vague et ne garantissait pas suffisamment les droits des mineurs, notamment leur liberté d'expression.

Régulation des géants du numérique

Face à l'échec de l'interdiction absolue, les expertes interrogées soulignent la nécessité de réguler les plateformes numériques par une approche ciblée. Brunessen Bertrand propose d'identifier et de limiter les fonctionnalités dangereuses des réseaux sociaux, comme le défilement infini, le ciblage comportemental ou les bulles informationnelles. Ces mécanismes, souvent critiqués pour leur impact sur la santé mentale des jeunes, pourraient faire l'objet de restrictions spécifiques. L'objectif est de rendre les plateformes plus sûres sans recourir à des interdictions globales, difficiles à appliquer et à contrôler. Cette approche s'inscrit dans une logique de responsabilité partagée entre les États, les plateformes et les familles.

Éducation plutôt qu'interdiction

Julie Groffe-Charrier insiste sur l'importance de l'éducation numérique comme solution principale. Selon elle, interdire l'accès aux réseaux sociaux n'est pas viable, car les jeunes trouvent facilement des moyens de contourner ces restrictions, comme l'utilisation de VPN (Virtual Private Network) pour masquer leur âge ou leur localisation. Par exemple, en Australie, des adolescents utilisent massivement ces outils pour accéder aux plateformes malgré les interdictions gouvernementales. L'éducation apparaît donc comme la seule voie efficace pour enseigner aux jeunes un usage responsable et critique des réseaux sociaux. Elle doit s'accompagner d'un dialogue entre parents, enseignants et plateformes pour promouvoir un environnement numérique plus sûr.

Exemple australien

L'Australie sert de cas d'étude pour illustrer les limites des interdictions totales. En 2026, le gouvernement australien a tenté de bloquer l'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, mais cette mesure a été contournée par de nombreux adolescents grâce à des outils comme les VPN. Cette situation montre que les interdictions pures et simples sont inefficaces sans une approche globale combinant éducation, régulation des plateformes et implication des familles. Les expertes françaises s'appuient sur cet exemple pour plaider en faveur d'une régulation plus nuancée et d'une responsabilisation collective, plutôt que de mesures coercitives difficiles à appliquer.

Ce que ça pourrait changer

Les expertes interrogées estiment que l'avenir de la régulation numérique réside dans une approche équilibrée, combinant éducation, régulation des plateformes et implication des parents. Brunessen Bertrand souligne que l'enjeu est de trouver un équilibre entre protection des mineurs et respect des libertés fondamentales, sans tomber dans un rôle tutélaire excessif de l'État. Julie Groffe-Charrier ajoute que cette régulation doit s'appuyer sur des données scientifiques solides et une collaboration internationale, car les plateformes numériques opèrent à l'échelle mondiale. L'objectif n'est pas d'interdire, mais de rendre les réseaux sociaux plus sûrs et adaptés aux jeunes, tout en préservant leur droit à l'information et à la communication.

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