Dans la bibliothèque de... : Dans la bibliothèque de Sylvia Serfaty
Sylvia Serfati dévoile sa bibliothèque, où les mathématiques dialoguent avec la littérature à travers des textes de Marcel Proust, Paul Auster, Primo Levi, Alexandre Grothendieck et Zeruya Shalev..
Sylvia Serfaty est une mathématicienne française renommée, professeure au Laboratoire Jacques-Louis Lions (LJLL) de Sorbonne Université et au Courant Institute of Mathematical Sciences de New York. Elle est également membre de l’Académie des Sciences. Son parcours révèle une passion précoce pour les mathématiques et la littérature, deux domaines qu’elle explore dans son livre Les Équations personnelles (Flammarion, 2022). Dans cet ouvrage, elle décrit son enfance marquée par une solitude constructive, nourrie par la lecture et la construction de mondes avec des Lego. Ces activités, selon elle, illustrent déjà le travail poétique de notre cerveau, un processus de pensée abstrait et créatif qui opère souvent de manière inconsciente.
Sylvia Serfaty souligne les liens entre les mathématiques et la littérature, deux disciplines qui partagent des caractéristiques communes comme l’abstraction, l’imagination et la recherche de sens. Elle évoque notamment une vocation initiale pour l’écriture, rapidement remplacée par une carrière en mathématiques. Pour elle, ces deux domaines ne sont pas si éloignés : résoudre une équation ou écrire un roman nécessitent tous deux une forme de travail souterrain de la pensée, où l’abstraction et la créativité jouent un rôle central. Cette idée est au cœur de son livre Les Équations personnelles, où elle interroge ce que signifie vivre en mathématicienne.
Parmi les livres qui ont marqué Sylvia Serfaty, Le Temps retrouvé (1927, Gallimard) de Marcel Proust occupe une place centrale. Ce roman, considéré comme une œuvre majeure de la littérature française, a été pour elle une révélation et un éblouissement. Proust y crée un univers où la phrase, en apparence simple, guide le lecteur à travers les détours complexes de sa pensée. Deux idées de Proust ont particulièrement retenu son attention : d’abord, que les choses que l’on désire le plus finissent souvent par perdre de leur importance avec le temps ; ensuite, que les événements les plus invraisemblables peuvent se produire, voire se produisent souvent. Ces réflexions ont influencé sa vision de la vie et de la science.
Sylvia Serfaty apprécie particulièrement Cité de verre (1985, Actes Sud) de Paul Auster, un roman traduit par Pierre Furlan. Ce livre se distingue par sa structure narrative complexe, où Auster joue avec le lecteur en emboîtant des pistes de sens qui se désagrègent progressivement. Au début, le récit semble suivre une trame policière classique, mais il se déconstruit peu à peu, laissant place à une surabondance de sens tout en vidant le personnage principal de son identité. Pour Serfaty, cette déconstruction narrative reflète une réflexion sur la nature même du récit et de la réalité, thèmes qui résonnent avec son approche des mathématiques.
Sylvia Serfaty cite Le Système périodique (1975, Albin Michel) de Primo Levi comme un livre marquant, découvert dans la bibliothèque de ses parents. Cet ouvrage, traduit de l’italien par André Maugé, relie la science et la vie quotidienne à travers des récits autobiographiques. Levi y décrit la chimie comme une discipline solitaire, où l’homme affronte des défis avec son cerveau, ses mains, la raison et l’imagination. Pour Serfaty, ce livre illustre comment rendre accessible et vivante une science complexe pour des néophytes, une préoccupation qu’elle partage dans son propre travail. Elle y voit une source d’inspiration pour connecter la science à l’expérience humaine.
Sylvia Serfaty a récemment lu Récoltes et semailles (2022, Gallimard) d’Alexandre Grothendieck, un mathématicien de renom. Ce livre, qu’elle décrit comme un choc à l’ouverture, prend la forme d’une auto-analyse ou d’une méditation sur sa vie de mathématicien. Grothendieck y enquête sur les événements marquants de son existence, en revenant sans cesse sur les mêmes thèmes, créant une structure narrative circulaire. Pour Serfaty, ce livre résonne avec ses propres réflexions sur le métier de mathématicien, notamment dans Les Équations personnelles, où elle explore les liens entre vie personnelle et pratique scientifique.
Parmi les livres qui l’ont marquée, Sylvia Serfaty cite *Ce qui reste de nos vies* (2011, Gallimard) de Zeruya Shalev, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz. Ce roman, dont le titre l’a immédiatement interpellée, aborde deux questions essentielles : ce qui nous attend dans le futur et ce que nous laissons derrière nous. Shalev y analyse avec finesse les relations parents-enfants et les dynamiques de couple, offrant une réflexion profonde sur l’héritage et les choix de vie. Pour Serfaty, cette capacité à explorer les relations humaines avec une telle acuité rejoint sa propre quête de sens, tant dans sa vie personnelle que professionnelle.

