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Culture

L’Adieu à la Russie. Histoire d’un aveuglement

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 4 j

Dans "Adieu ma Russie : mémoires orphelines", l’historien Nicolas Werth revisite le parcours de son père, journaliste longtemps fasciné par l’URSS jusqu’à l’invasion de la Tchécoslovaquie et son suicide. Un récit intime pour interroger son héritage et la Russie d’aujourd’hui..

Un livre de filiation

L’historien Nicolas Werth publie Adieu ma Russie : mémoires orphelines, un ouvrage qui mêle récit historique et histoire familiale. Il y retrace la vie de son père, Alexandre Werth, journaliste et historien spécialiste de l’URSS. Ce dernier a vécu plus de vingt ans en Russie, où il a exercé son métier jusqu’à son suicide, survenu après l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS en 1968. Nicolas Werth, directeur de recherche émérite au CNRS et président de la branche française de Memorial International (une ONG dédiée à la mémoire des victimes des régimes totalitaires), y explore ainsi les liens entre son parcours personnel et celui de son père. Le livre s’inscrit dans une démarche de réflexion sur l’héritage familial et l’évolution de la Russie contemporaine.

Deux aveuglements parallèles

Nicolas Werth souligne une similitude troublante entre son propre parcours et celui de son père : tous deux ont été marqués par un aveuglement face aux actions de la Russie. Alexandre Werth, fasciné par l’URSS, n’a pas anticipé l’invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968, un événement qui a profondément ébranlé sa vision du communisme. De son côté, Nicolas Werth évoque son propre choc face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, qu’il n’avait pas davantage prévue. Ce parallèle interroge la capacité à percevoir les réalités politiques et historiques, même pour des experts. L’ouvrage devient ainsi une réflexion sur les limites de la compréhension des régimes autoritaires et sur les biais cognitifs qui peuvent affecter les observateurs.

Un héritage intellectuel

À travers ce livre, Nicolas Werth fait le bilan de son propre parcours d’historien spécialiste de l’URSS. Il analyse comment son travail et ses recherches ont été influencés par l’histoire de son père et par les événements politiques qui ont marqué le XXe siècle. L’ouvrage s’inscrit dans une démarche de transmission, où l’auteur interroge à la fois son héritage familial et son sujet d’étude. Il s’agit également d’un hommage à son père, dont la vie et les choix ont façonné sa propre vision de l’histoire. Le récit devient ainsi un testament intellectuel, où l’histoire personnelle et l’histoire collective s’entremêlent pour éclairer les transformations de la Russie.

Ce que ça pourrait changer

Le titre de l’ouvrage, *Adieu ma Russie*, reflète le renoncement définitif de Nicolas Werth à l’égard de la Russie, un pays qu’il a longtemps aimé et étudié. Ce renoncement est symbolisé par l’évocation de son père, qui a également dû faire face à une rupture avec l’URSS après 1968. Pour l’auteur, cet adieu marque aussi une prise de conscience : la Russie contemporaine, avec ses actions en Ukraine, incarne une réalité éloignée des idéaux qu’il avait pu entretenir. Le livre devient ainsi une méditation sur la perte des illusions et sur la nécessité de regarder la réalité en face, même lorsque celle-ci est douloureuse.

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