La démocratie à l’épreuve des lycéens
Depuis septembre, les lycéens se mobilisent partout en France. Bâti dégradé, enseignants absents non remplacés, sélection algorithmique de Parcoursup : leurs revendications très concrètes portent une exigence profondément démocratique.
Depuis septembre 2026, des lycéens se mobilisent dans toute la France pour dénoncer des conditions d’études jugées insatisfaisantes. Leurs revendications portent sur des problèmes concrets comme des bâtiments scolaires dégradés, des enseignants absents non remplacés, des emplois du temps inadaptés ou encore des difficultés d’accès aux spécialités. Ils contestent également la sélection algorithmique de Parcoursup, un système informatique utilisé pour attribuer les places dans l’enseignement supérieur. Ce mouvement reflète une exigence démocratique : les lycéens veulent que l’État tienne sa promesse d’égalité républicaine et leur permette de construire leur avenir par les études, et non par l’héritage social.
Les lycéens formulent trois demandes liées à la démocratie. D’abord, ils réclament une promesse d’égalité : l’École doit garantir à tous les élèves, quels que soient leur origine sociale ou familiale, les mêmes chances de réussite. Cette exigence s’appuie sur le plan Langevin-Wallon de 1947, qui définit l’École comme un outil de justice sociale. Ensuite, ils veulent un cadre de délibération : la possibilité de participer activement aux décisions qui les concernent, comme la gestion des établissements ou l’orientation. Enfin, ils aspirent à une force transformative de la démocratie, c’est-à-dire la capacité à changer concrètement leur quotidien, par exemple en améliorant les infrastructures scolaires ou en réduisant les inégalités territoriales.
Les lycéens dénoncent plusieurs problèmes précis. Les bâtiments scolaires sont souvent en mauvais état, voire des passoires thermiques, ce qui affecte les conditions d’apprentissage. Les enseignants absents non remplacés créent des classes surchargées, tandis que l’inadaptation des emplois du temps et le manque de matériel perturbent l’organisation des cours. En milieu rural, les temps de transport longs limitent l’accès aux établissements. Ils critiquent aussi l’inégal accès aux spécialités, qui favorise certains élèves au détriment d’autres. Enfin, la sélection algorithmique de Parcoursup, perçue comme opaque et injuste, est contestée car elle ne garantit pas une répartition équitable des places dans le supérieur.
L’article souligne que l’État et l’École ne remplissent pas leur mission d’égalité républicaine. Le plan Langevin-Wallon de 1947, qui vise à offrir à chaque enfant les mêmes opportunités de développement, n’est pas appliqué aujourd’hui. Les lycéens demandent à l’État de prendre en compte leurs revendications et de transformer ces principes en actions concrètes. Ils attendent que leurs voix ne soient pas seulement entendues, mais écoutées, c’est-à-dire prises au sérieux dans les décisions politiques. Leur mobilisation met en lumière un écart entre les promesses démocratiques de la République et leur réalisation pratique.
Agathe Cagé, politiste et autrice de l’article, explique que la démocratie ne se limite pas à des principes abstraits : elle doit être *éprouvée* concrètement. Les lycéens veulent en faire l’expérience à travers trois dimensions. D’abord, la démocratie comme *promesse d’égalité*, qui implique que l’École offre les mêmes chances à tous. Ensuite, comme *cadre de délibération*, où les élèves peuvent participer aux décisions qui les concernent. Enfin, comme *force transformative*, capable de changer leur quotidien. Cette approche s’inspire des travaux de la philosophe Fabienne Brugère, qui souligne l’importance de donner un sens physique à la démocratie, via l’*ouïe*, la *vue* et le *toucher* : écouter les revendications, voir les inégalités, toucher aux réalités du terrain.

