Désobéissance, s'empotager et pouillot véloce avec Catherine Meurisse
Catherine Meurisse suit les traces d'Henry David Thoreau aux abords de l'étang de Walden dans "Le Clan de Walden" (Dargaud). On s'y promène avec elle et sa drôle de bande : un spécialiste de Paul Valéry, une peintre qui préfère les boulons aux oiseaux et des animaux révoltés..
Catherine Meurisse publie Le Clan de Walden (éditions Dargaud), une bande dessinée qui mêle humour et écologie en s'inspirant de la vie de Henry David Thoreau, philosophe américain du XIXe siècle connu pour sa désobéissance civile. L'album ne reprend pas directement son œuvre Walden ou la vie dans les bois (1854), mais s'appuie sur son Journal, plus poétique et moins technique. Thoreau y est représenté en interaction avec des animaux doués de parole (lapins, renards, etc.) et des figures historiques comme Ralph Waldo Emerson ou Rachel Carson. Le récit critique un projet inspiré des mégabassines de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, près de la ferme où Meurisse a grandi. L'album s'inscrit dans une réflexion sur la catastrophe climatique et la perte de biodiversité, avec une tonalité à la fois savante et décalée, héritée du dessin de presse.
Catherine Meurisse, connue pour ses dessins dans Charlie Hebdo et ses albums jeunesse, adopte ici un style unique combinant trait virtuose, sens du gag et amour pour la littérature et la peinture. Elle utilise des techniques mixtes (gouache, acrylique, encre, pastel sec) pour des planches immersives sans bulles ni texte, visant à plonger le lecteur dans la nature. Ses paysages s'inspirent du Morvan, de la Corrèze et des Pyrénées. L'album s'inscrit dans une série explorant le socle du vivant, après Les grands espaces et La jeune fille et la mer. Le titre Le Clan de Walden joue sur l'anachronisme, associant Thoreau à des animaux révoltés et à des luttes écologistes contemporaines, tout en rendant hommage à la poésie de la nature.
Henry David Thoreau (1817-1862) est une figure majeure du transcendantalisme, un mouvement philosophique américain du XIXe siècle qui prônait le retour à la nature et l'indépendance individuelle. Dans Le Clan de Walden, Meurisse le caricature en le faisant descendre de son piédestal, le montrant en interaction avec des animaux et des penseurs modernes comme Baptiste Morizot ou Vinciane Despret. L'album souligne que l'écologie ne date pas du XXe ou XXIe siècle, mais remonte au XIXe siècle, voire avant. William Marx, professeur de littératures comparées au Collège de France, apprécie cette relecture qui unit humour, poésie et réflexion profonde sur la nature. Thoreau lui-même, dans son Journal, décrivait une vie riche dans les bois, loin de la rigueur comptable de Walden ou la vie dans les bois.
Catherine Meurisse accorde une grande importance à la nomination des éléments naturels et des objets. William Marx souligne que des écrivains comme Colette ou Maurice Genevoix possédaient un vocabulaire précis pour décrire la nature, un savoir perdu en milieu urbain. Meurisse, elle, se plaît à reconnaître les arbres et à identifier les chants d'oiseaux (grives, fauvettes, pouillots véloces, etc.) lors de ses promenades. Nina Childress, peintre invitée à l'émission, préfère quant à elle nommer les outils (boulons, écrous), une passion qui se reflète dans ses toiles mêlant good paintings et bad paintings. Ces approches opposées illustrent deux façons de se réapproprier le monde : par la poésie de la nature ou par la précision des objets techniques.
Le Clan de Walden exprime une colère climatique face aux projets destructeurs comme les mégabassines, symboles de l'exploitation intensive des ressources. Catherine Meurisse évoque la pandémie de Covid-19 (2020-2022) comme un moment où la biodiversité semblait se rétablir, avant que les crises écologiques ne reprennent de plus belle. Elle cite des philosophes du vivant contemporains (Baptiste Morizot, Vinciane Despret, Bruno Latour) et des précurseurs comme Élisée Reclus ou Aldo Leopold. L'album s'inscrit dans une tradition de lutte écologiste remontant au XIXe siècle, rappelant que des auteurs comme Ronsard dénonçaient déjà la déforestation. Cette colère est à la fois politique et artistique, mêlant humour et poésie pour sensibiliser le public.
L'émission *Comme un samedi* sur France Culture a accueilli Catherine Meurisse pour discuter de *Le Clan de Walden*. Parmi les invités figuraient William Marx, professeur de *littératures comparées* au Collège de France, et Nina Childress, peintre et dessinatrice. L'émission a inclus une lecture d'un texte de Thoreau extrait de *Pensées sauvages* (éditions Le mot et le reste) et une performance musicale de Anaïs Cardot, révélation de l'album *Map Of Her Shadow*. L'exposition *Amour réciproque* de Nina Childress était également mentionnée, prévue du 19 septembre au 12 décembre 2026 à La Tôlerie (Clermont-Ferrand). L'émission a aussi diffusé des archives sonores, dont un reportage sur la manifestation contre la mégabassine de Sainte-Soline le 25 mars 2023.

