Premières flûtes, avec Gabrielle Rubio
Le traverso, ancêtre de notre flûte traversière, retrouve sa voix dans "La Traversière. Airs et songes", premier album de notre invitée, sorti chez Harmonia Mundi.
Gabrielle Rubio, musicienne, sort son premier album intitulé "La Traversière. Airs et songes" chez Harmonia Mundi, dédié à la flûte traversière baroque. Cet instrument, ancêtre de la flûte moderne, se distingue par sa fabrication en bois et ses caractéristiques acoustiques uniques. Contrairement à la flûte actuelle, souvent en métal, la flûte baroque possède des irrégularités dans sa structure qui lui donnent une sonorité particulière selon les tonalités jouées. Ces particularités ont été théorisées et perfectionnées par la famille Hotteterre, une dynastie de facteurs d’instruments normands actifs sous le règne de Louis XIV. Leur travail a marqué l’histoire de la flûte traversière en ajoutant des ornements raffinés et en définissant des standards sonores encore étudiés aujourd’hui. L’album de Gabrielle Rubio met en lumière cet héritage en interprétant des œuvres de compositeurs comme Hotteterre, Couperin ou Blavet, composées entre le XVIIe et le XVIIIe siècle.
L’interprétation de la musique baroque repose sur une collaboration étroite entre la flûte soliste et un ensemble appelé continuo, composé généralement d’une viole de gambe, d’un clavecin et d’un théorbe. Ce dernier est un instrument à cordes pincées, reconnaissable à ses quatorze cordes et son long manche doté de deux chevilliers. Le théorbe joue un rôle clé : il improvise une base harmonique en suivant des règles précises, un style appelé basse continue. Cette improvisation, bien que codifiée par des traités comme celui de Jacques-Martin Hotteterre au XVIIIe siècle, laisse une grande liberté expressive aux musiciens. Le continuo agit comme un soutien rythmique et harmonique, permettant à la flûte de s’épanouir dans des mélodies riches et nuancées. Gabrielle Rubio souligne que cette pratique, bien que théorisée, reste un art vivant où l’interprète doit maîtriser le langage musical de l’époque pour s’en réapproprier l’esprit.
Dans la musique baroque, le prélude est un morceau souvent improvisé qui ouvre une œuvre ou un concert. Contrairement à une idée reçue, le prélude n’est pas toujours écrit : il peut être entièrement improvisé par le musicien, à condition de respecter les codes de l’ornementation à la française, un style de décoration mélodique typique du XVIIIe siècle. Ce morceau permet une grande liberté d’expression, notamment dans le jeu avec la pulsation (le rythme) et la respiration. Gabrielle Rubio explique que lorsque la flûte est seule, sans accompagnement, cette liberté est encore plus grande : le musicien peut varier les tempos, les nuances et les effets sonores pour créer une interprétation unique. Le prélude devient alors un espace poétique où l’artiste exprime sa sensibilité tout en s’appuyant sur une solide connaissance harmonique.
Le parcours des jeunes musiciens baroques comme Gabrielle Rubio dépend fortement de la transmission pédagogique et du soutien des institutions culturelles. Après des études au conservatoire de Perpignan avec sa professeure Annie Ploquin, qui l’a initiée à la flûte en bois, Rubio a pu bénéficier d’un environnement propice à son épanouissement. Elle souligne l’importance des structures comme le *Centre de musique baroque de Versailles*, qui offrent un cadre pour développer des projets artistiques exigeants. Cependant, les jeunes artistes font face à des défis économiques, notamment la raréfaction des subventions. Malgré ces obstacles, ils choisissent de défendre un répertoire complexe et méconnu du grand public, comme en témoigne la sortie de l’album *"La Traversière. Airs et songes"* en août 2026. Leur engagement reflète une volonté de préserver un patrimoine musical tout en innovant dans son interprétation.

