Cuba et le Venezuela sur la voie de “l’autoritarisme de marché”
Pour éviter de subir le même sort que l’URSS, où la perestroïka a abouti à l’effondrement du régime soviétique, Caracas et La Havane cherchent à concilier l’ouverture de l’économie et le maintien de régimes politiques fermés, analyse ce chercheur en sciences politiques pour “Latinoamerica 21”..
Cuba et le Venezuela, deux pays d'Amérique latine, font face à des crises économiques et politiques majeures. Le Venezuela, riche en pétrole, subit une crise économique profonde depuis plusieurs années, marquée par une hyperinflation et des pénuries de biens essentiels. Cuba, quant à elle, traverse une situation économique difficile en raison de l'embargo américain, de la baisse des échanges avec le Venezuela et de la pandémie de COVID-19. Ces deux pays cherchent à éviter l'effondrement total de leur système, comme ce fut le cas pour l'URSS dans les années 1990.
Dans les années 1980, l'URSS a tenté de réformer son économie stagnante avec la perestroïka (reconstruction), une politique visant à introduire des mécanismes de marché tout en maintenant le contrôle politique du Parti communiste. Mikhaïl Gorbatchev, alors dirigeant soviétique, a autorisé une certaine décentralisation des entreprises d'État et a permis l'émergence de petites initiatives privées. Cependant, ces réformes n'ont pas suffi à relancer l'économie, et la glasnost (transparence), qui a libéralisé la liberté d'expression et l'accès à l'information, a accéléré la chute du régime en révélant ses faiblesses et en encourageant les critiques.
Cuba et le Venezuela semblent adopter une stratégie similaire à celle de l'URSS, mais en version adaptée à leur contexte actuel. Ils tentent de concilier l'ouverture partielle de leur économie à des mécanismes de marché, comme la libéralisation de certaines activités privées, tout en maintenant un contrôle politique strict. Cette approche est qualifiée d'autoritarisme de marché : le pouvoir reste concentré entre les mains d'un petit groupe, mais l'économie bénéficie de certaines libertés pour éviter un effondrement total. À Cuba, par exemple, le Parlement a approuvé en juillet 2026 un paquet de 176 mesures visant à réduire le nombre d'activités interdites aux entreprises privées.
Cette ouverture économique partielle est en partie motivée par des pressions externes, notamment de la part des États-Unis. Les sanctions américaines contre le Venezuela et l'embargo contre Cuba limitent leurs possibilités de commerce international et aggravent leurs difficultés économiques. En libéralisant certains secteurs, ces pays espèrent attirer des investissements étrangers et améliorer la situation de leur population, tout en évitant de perdre le contrôle politique. Cependant, cette stratégie comporte des risques : une libéralisation trop rapide pourrait fragiliser davantage leur économie, tandis qu'un contrôle politique trop strict pourrait étouffer les initiatives privées et décourager les investisseurs.
À Cuba, la situation est particulièrement visible. Le pays a commencé à libéraliser son économie en réduisant le nombre d'activités interdites aux entreprises privées, comme les petits commerces ou les services. Ces réformes, annoncées en juillet 2026, visent à dynamiser l'économie locale et à répondre aux besoins de la population. Cependant, le gouvernement maintient un contrôle strict sur les médias, la politique et les grandes entreprises stratégiques. Cette approche illustre la tension entre ouverture économique et fermeture politique, caractéristique de l'autoritarisme de marché.
L'*autoritarisme de marché* présente des risques majeurs pour Cuba et le Venezuela. D'une part, une libéralisation trop contrôlée pourrait ne pas suffire à relancer l'économie, comme ce fut le cas pour la *perestroïka* en URSS. D'autre part, un contrôle politique trop strict pourrait étouffer les initiatives privées et décourager les investisseurs étrangers. Enfin, ces réformes pourraient exacerber les inégalités sociales, en favorisant une élite proche du pouvoir au détriment de la majorité de la population. L'issue de cette stratégie reste incertaine et dépendra de la capacité des gouvernements à trouver un équilibre entre ouverture économique et stabilité politique.

