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Culture

L'affaire Thélyson Orélien et la "littérature industrielle"

France Culture - Savoirs · mis à jour 24 sept.

Ce grand succès de la rentrée littéraire aurait été écrit par IA, mais la polémique qui enfle se pose-t-elle au bon endroit ? Revenons au texte lui-même, et à l'histoire littéraire, qui a toujours condamné les "petits livres"..

Un roman à succès

Le roman C’était ça ou mourir, signé par l’auteur québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien et publié par les éditions Grasset, est devenu un phénomène de la rentrée littéraire 2026. Il a remporté le prix Fnac, l’un des plus prestigieux de la saison, et figure parmi les titres les plus vendus. Le récit, présenté comme une expérience autobiographique, raconte le parcours de Jonas Dorléon, un Haïtien fuyant les violences de Port-au-Prince pour traverser l’Amérique du Sud et les États-Unis avant d’atteindre le Canada. Le livre est salué pour son style poétique et ses images marquantes, ce qui explique en partie son succès commercial. Cependant, son authenticité est désormais remise en question.

Accusation d'IA

Un compte anonyme sur le réseau social X (ex-Twitter) a affirmé que le roman C’était ça ou mourir aurait été intégralement écrit par une intelligence artificielle (IA), selon un test réalisé avec un détecteur d’IA. Cette allégation, dont la fiabilité n’a pas été vérifiée, a été reprise par des médias et des personnalités politiques, notamment de droite et d’extrême droite. Thélyson Orélien a vigoureusement démenti ces accusations, dénonçant une campagne raciste. Parallèlement, des accusations de plagiat sur d’autres textes de l’auteur ont également émergé, bien que ces dernières soient plus faciles à vérifier que l’utilisation d’une IA.

Débat sur l'IA littéraire

L’affaire soulève des questions sur l’usage de l’IA dans l’écriture littéraire. Si certains auteurs ou éditeurs pourraient utiliser des outils d’IA pour corriger, équilibrer ou éditer des textes, la frontière entre assistance et rédaction complète reste floue. Le débat porte moins sur l’existence de cet usage que sur son ampleur : l’IA écrit-elle les textes ou se limite-t-elle à des corrections ? Cette polémique met en lumière une tension entre innovation technologique et tradition littéraire, mais elle ne remet pas en cause l’ensemble du marché du livre, où l’IA pourrait déjà jouer un rôle dans certains processus éditoriaux.

Critique littéraire du roman

Indépendamment de la polémique sur son origine, le roman C’était ça ou mourir est critiqué pour sa valeur littéraire. Le texte est décrit comme mécanique, stéréotypé et artificiel, avec des phrases ternaires (structurées en trois parties), des punchlines à la fin des chapitres et des personnages qui s’expriment en devises. Ces caractéristiques rappellent ce que le critique littéraire français Sainte-Beuve appelait au XIXe siècle la « littérature industrielle » : des œuvres fabriquées en série, conçues pour plaire au plus grand nombre et souvent critiquées par l’élite culturelle de l’époque. Le style du roman, qu’il soit ou non généré par une IA, est perçu comme répétitif et peu innovant.

Contexte historique

L’affaire Thélyson Orélien s’inscrit dans une longue tradition de suspicion envers les œuvres considérées comme « industrielles ». Au XIXe siècle, des feuilletons romanesques écrits par des groupes d’auteurs anonymes pour les journaux étaient déjà accusés de corrompre les masses et de favoriser une culture de masse peu exigeante. Sainte-Beuve, figure majeure de la critique littéraire française, avait dénoncé cette « littérature industrielle », qui selon lui sapait les valeurs de la littérature « noble ». Aujourd’hui, les mêmes critiques resurgissent, mais cette fois en lien avec les outils numériques et l’intelligence artificielle, montrant que les débats sur la qualité littéraire et son industrialisation ne sont pas nouveaux.

Ce que ça pourrait changer

La polémique autour de Thélyson Orélien a pris une dimension politique et sociale. L’auteur, qui dénonce des attaques racistes, voit dans cette affaire une tentative de discréditer une voix issue de la diaspora haïtienne. Les accusations d’IA et de plagiat, bien que peu étayées, ont été relayées par des médias et des personnalités, reflétant parfois des préjugés envers les auteurs issus de l’immigration. Par ailleurs, cette affaire interroge le rôle des prix littéraires, souvent présentés comme des garants de qualité, mais qui peuvent aussi être influencés par des stratégies marketing ou des tendances éditoriales. Enfin, elle pose la question de la place de l’IA dans la création artistique, un sujet qui divise autant qu’il fascine.

Sujets complémentaires

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