La Suède, nouveau paradis pour les ultra-riches ?
Le pays, longtemps considéré comme l’un des plus égalitaires au monde, associé à la redistribution et à un État-providence puissant, compte aujourd’hui des dizaines de milliardaires, tandis que la pauvreté progresse. La taxation des plus riches s’est donc invitée dans la campagne des législatives..
La Suède, souvent associée à son modèle social et à son État-providence, compte aujourd’hui 51 milliardaires. Ce chiffre est comparable à celui de la France, alors que la Suède a une population sept fois moins importante (10 millions d’habitants contre 68 millions pour la France). Cette concentration de richesses s’explique en partie par des réformes fiscales menées depuis les années 1990. Après une crise économique majeure, le pays a progressivement supprimé plusieurs impôts, comme ceux sur le patrimoine, les successions ou la propriété. Aujourd’hui, les 46 Suédois les plus fortunés possèdent davantage que 8 millions de leurs concitoyens. Hanna Nelson, responsable d’Oxfam Suède, estime que leur richesse cumulée représente 32,3 % du PIB suédois. Cette évolution contraste avec l’image traditionnelle d’un pays égalitaire, où la redistribution joue un rôle central.
Parmi les 51 milliardaires suédois, 70 % ont hérité de leur fortune. Ce phénomène s’accompagne d’une augmentation rapide de la pauvreté dans le pays. En 2026, 730 000 Suédois, soit 7 % de la population, vivent sous le seuil de pauvreté. Ce chiffre a doublé en seulement cinq ans. Hanna Nelson souligne que cette situation illustre un paradoxe : alors que les milliardaires deviennent une figure emblématique de la réussite suédoise, comme l’entreprise Ikea, la précarité progresse. L’économiste David Seim, co-auteur d’une étude, précise que les 0,1 % des Suédois les plus riches (environ 5 000 personnes) ne paient qu’un taux d’imposition effectif de 20 à 25 %, contre 40 à 50 % pour le reste de la population.
À l’approche des législatives du 13 septembre 2026, plusieurs partis de gauche proposent d’instaurer une taxe sur les milliardaires. Cette mesure consisterait en un impôt de 2 % sur les fortunes dépassant 90 millions d’euros, ce qui concernerait environ 500 personnes. Gabriel Zucman, économiste français, soutient cette idée. Son étude montre qu’un tel impôt pourrait générer des recettes fiscales supplémentaires équivalant à 6 à 7 % du PIB suédois, contre 2 à 3 % actuellement. Hanna Nelson, d’Oxfam Suède, estime que l’État perdrait 4,5 milliards d’euros par an en raison de cette optimisation fiscale des plus riches. La droite s’y oppose fermement, notamment le parti libéral, qui souhaite même doubler le nombre de milliardaires d’ici 2036.
Le principal argument des opposants à la taxe sur les fortunes est la crainte d’une fuite des milliardaires. Martin Lorentzon, cofondateur de Spotify, a menacé de quitter la Suède si un impôt sur la fortune était rétabli. Pourtant, David Seim souligne que des études menées en Suède et en Norvège ne montrent pas de départ massif de grandes fortunes après la réintroduction d’un tel impôt. L’impôt sur la fortune avait été supprimé en Suède en 2007. Les partisans de la taxe estiment donc que le risque de fuite est faible, tandis que ses détracteurs insistent sur l’importance de préserver l’attractivité économique du pays.
Les réformes fiscales des années 1990, qui ont supprimé plusieurs impôts, ont permis une accumulation rapide de richesses pour une minorité. Cependant, elles ont aussi réduit les recettes de l’État, limitant sa capacité à financer des services publics ou des aides sociales. David Seim explique que les revenus des plus riches, souvent détenus dans des entreprises ou des holdings, échappent à l’impôt sur le revenu classique. Un système fiscal plus progressif pourrait augmenter les recettes fiscales de 6 à 7 % du PIB, contre 2 à 3 % actuellement. Cela représenterait une somme considérable, équivalente à 2 ou 3 % du PIB suédois.

