La Suède, nouveau paradis pour les ultra-riches ?
La Suède, longtemps perçue comme un modèle d’égalité sociale, voit son image se fissurer sous la pression d’une concentration inédite des richesses. Avec 51 milliardaires pour 10 millions d’habitants, le pays incarne désormais un paradoxe : celui d’un État-providence érodé par des réformes fiscales libérales, tandis que la pauvreté explose. À quelques jours des législatives, la taxation des ultra-riches s’impose comme un clivage politique majeur, révélant les tensions entre attractivité économique et justice sociale.
Comment la Suède est-elle passée d’un modèle redistributif à une concentration extrême des richesses ?
Les réformes fiscales des années 1990, consécutives à une crise économique, ont progressivement supprimé plusieurs impôts sur le patrimoine, les successions et la propriété. Ces mesures ont favorisé l’émergence d’une classe de milliardaires, dont 70 % ont hérité de leur fortune, tout en creusant les inégalités sociales.
Quels sont les arguments des partisans et des opposants à une taxe sur les milliardaires en Suède ?
Les partis de gauche proposent un impôt de 2 % sur les fortunes dépassant 90 millions d’euros, estimant un manque à gagner de 4,5 milliards d’euros par an pour l’État. À l’inverse, la droite, soutenue par des figures comme Martin Lorentzon (cofondateur de Spotify), craint un exode des ultra-riches, bien que des études suédoises et norvégiennes infirment ce risque.
Pourquoi les milliardaires suédois paient-ils proportionnellement moins d’impôts que le reste de la population ?
Une grande partie de leurs revenus est logée dans des entreprises ou holdings, échappant ainsi à l’impôt sur le revenu classique. Leur taux d’imposition effectif oscille entre 20 % et 25 %, contre 40 % à 50 % pour le reste des Suédois, selon une étude de l’économiste Gabriel Zucman.
Ce que ça pourrait changer
Cette polarisation fiscale pourrait redéfinir le contrat social suédois, entre risque de fuite des capitaux et légitimité d’un État-providence en crise. À plus long terme, elle interroge la capacité des démocraties occidentales à concilier attractivité économique et redistribution, dans un contexte de mondialisation des fortunes.

