Pourquoi les forêts françaises sont-elles si peu assurées ?
L’ESSENTIEL Seuls 7,5 % de la forêt privée française sont assurés contre l’incendie et/ou la tempête. Ce faible taux s’explique notamment par la présence d’aides publiques et d’assurances jugées trop chères ou incomplètes.
En France, seulement 7,5 % des forêts privées sont assurées contre les risques d’incendie ou de tempête, selon un rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) publié en 2023. Cette faible couverture s’explique par le fait que 75 % de la surface forestière française appartient à 3,5 millions de propriétaires privés, tandis que les forêts publiques, gérées par l’État, ne sont pas concernées par cette problématique. Les surfaces assurées progressent cependant de 7 % par an depuis 2011, mais restent insuffisantes face à l’augmentation des aléas climatiques comme les sécheresses, les incendies ou les attaques d’insectes. Par exemple, en août 2026, 47 000 hectares ont brûlé dans les Landes et en Gironde, illustrant l’urgence de mieux protéger ces espaces.
Le faible taux d’assurance s’explique en partie par un phénomène appelé charity hazard (ou « solidarité post-catastrophe »). Les propriétaires forestiers comptent souvent sur les aides publiques après un sinistre plutôt que de souscrire une assurance privée. Par exemple, l’État a déboursé 920 millions d’euros après les tempêtes Lothar et Martin en 1999, et 475 millions d’euros après la tempête Klaus en 2009 pour aider à la reconstitution des forêts. Ces aides ont pu décourager la souscription à des assurances privées. Depuis janvier 2017, l’État a cependant supprimé ces programmes publics d’aide, cherchant ainsi à inciter les propriétaires à se tourner vers des solutions privées.
Les taux d’assurance varient selon les régions et les pratiques de gestion forestière. En Nouvelle-Aquitaine, par exemple, 7,5 % des forêts privées sont assurées, un taux supérieur à la moyenne nationale. Cette région, première productrice de bois en France, abrite des monocultures de pins maritimes très vulnérables aux aléas climatiques. Les propriétaires gérant leurs forêts de manière durable, notamment ceux adhérant à des certifications comme le Forest Stewardship Council (FSC) ou le Programme for the Endorsement of Forest Certification Schemes (PEFC), sont plus susceptibles de souscrire une assurance. De même, la présence de documents de gestion forestière, comme un Plan simple de gestion, augmente la probabilité de souscription.
Plusieurs raisons expliquent le faible taux de souscription à des assurances forestières. Selon une enquête de l’Inrae menée fin 2024 auprès de plus de 300 propriétaires, 32 % préfèrent assurer d’autres types de biens, 29 % jugent les primes trop élevées, et 22 % ne voient pas l’intérêt de s’assurer. De plus, les propriétaires souhaitent des contrats multirisques couvrant tous les aléas (tempête, incendie, pathogènes, sécheresse), alors que les offres françaises se limitent souvent à des couvertures partielles. Enfin, 32 % des propriétaires estiment que l’assurance est trop chère, et 22 % ne perçoivent pas son utilité, suggérant un besoin de campagnes d’information pour améliorer la compréhension de ces dispositifs.
Pour améliorer la couverture assurantielle des forêts françaises, des modèles étrangers pourraient servir d’exemple. En Suède, plus de 80 % des surfaces forestières privées sont assurées, et en Finlande, ce taux dépasse 50 %. Ces pays proposent des contrats multirisques couvrant des aléas comme les attaques de pathogènes, voire la sécheresse en Suède. Ces différences s’expliquent par des pratiques de gestion forestière distinctes, des essences variées et des cultures locales, mais aussi par des offres d’assurance plus complètes. Ces exemples montrent qu’une approche intégrée, combinant couverture étendue et incitations financières, pourrait être adaptée au contexte français.
L’assurance forestière en France pourrait évoluer vers des modèles plus incitatifs et adaptés. Par exemple, les contrats pourraient récompenser les propriétaires adoptant des pratiques réduisant les risques, comme des méthodes sylvicoles limitant les incendies. Des initiatives similaires existent déjà en Californie, où les primes d’assurance varient en fonction des efforts de prévention. Une autre piste est l’assurance indicielle (ou paramétrique), qui indemnise automatiquement en fonction d’un indice climatique prédéfini (niveau de pluie, vitesse du vent, etc.), sans nécessiter d’expertise post-sinistre. Ces innovations pourraient simplifier et accélérer les indemnisations, tout en encourageant une gestion proactive des risques.
Les pouvoirs publics français jouent un rôle clé dans la promotion de l’assurance forestière. En 2010, le dispositif *DEFI Assurance* a été mis en place, permettant aux propriétaires de déduire 76 % des cotisations d’assurance de leur impôt sur le revenu. Cette mesure vise à rendre l’assurance plus attractive financièrement. De plus, depuis 2017, l’État ne propose plus de programmes publics d’aide à la reconstitution des forêts après une tempête, incitant ainsi les propriétaires à se tourner vers des solutions privées. Ces politiques publiques, combinées à des campagnes d’information, pourraient contribuer à augmenter le taux de couverture assurantielle dans les années à venir.

