Au Portugal, le pompage des nappes phréatiques échappe à tout contrôle
Dans un pays frappé par des sécheresses de plus en plus sévères, l’hebdomadaire portugais “Visão” révèle l’opacité qui entoure les prélèvements d’eaux souterraines : l’État ne sait ni qui pompe ni quelles quantités. Les plus gros consommateurs échappent largement aux contrôles..
Le Portugal fait face à des sécheresses de plus en plus sévères, un phénomène climatique qui réduit drastiquement les ressources en eau disponibles. Ces sécheresses, aggravées par le changement climatique, posent un défi majeur pour la gestion des ressources hydriques du pays. L’Algarve, région touristique du sud du Portugal, est particulièrement touchée, avec des pénuries d’eau récurrentes qui menacent à la fois les habitants, les cultures et les activités économiques locales. En 2024, le gouvernement portugais a annoncé un plan d’urgence de 225 millions d’euros pour lutter contre la sécheresse dans cette région, dont 10 millions d’euros spécifiquement dédiés au soutien du secteur touristique.
Les nappes phréatiques sont des réserves d’eau souterraines, souvent utilisées pour l’irrigation agricole ou l’approvisionnement en eau potable. Au Portugal, ces nappes sont massivement exploitées, mais sans aucun contrôle ni suivi des quantités pompées. Selon l’hebdomadaire portugais Visão, des millions de litres d’eau sont extraits chaque jour par des centaines de milliers de forages privés, sans que l’État ne puisse en mesurer l’impact réel. L’Agence portugaise de l’environnement (APA), chargée de réguler ces prélèvements, reconnaît elle-même ne pas disposer de données fiables sur les volumes extraits ni sur les acteurs impliqués. Cette absence de transparence aggrave la crise de l’eau dans le pays.
Les secteurs de l’agriculture et du tourisme sont pointés du doigt comme les principaux responsables de la surexploitation des nappes phréatiques. En 2020, l’agriculture représentait près de 60 % de la consommation totale d’eau au Portugal, une grande partie provenant de forages privés utilisés pour irriguer des cultures gourmandes en eau, comme les oranges et les avocats. Ces productions, souvent destinées à l’exportation, sont particulièrement critiques dans la région de l’Algarve. Nídia Braz, professeure à l’université de l’Algarve, résume la situation par cette formule : L’Algarve exporte l’eau qu’il n’a pas, sous forme d’oranges et d’avocats. Sans irrigation, ces cultures ne pourraient survivre plus de six mois, ce qui explique la dépendance aux nappes phréatiques.
Le système de contrôle des prélèvements d’eau au Portugal est défaillant à plusieurs niveaux. L’APA, l’agence gouvernementale en charge, délivre des autorisations de captage mais ne tient pas de registre des entreprises ou des particuliers autorisés à extraire de l’eau par leurs propres moyens. Les municipalités, comme celle de Lagoa en Algarve, ne fournissent des données qu’après des pressions, voire des menaces de recours juridiques. Les prix de l’eau payés par les gros consommateurs, notamment agricoles, sont souvent très bas, voire symboliques, ce qui encourage le gaspillage. Bruxelles a d’ailleurs ouvert une procédure d’infraction contre le Portugal pour son incapacité à renforcer les contrôles sur les captages.
La surexploitation des nappes phréatiques a des répercussions économiques et environnementales majeures. Les ménages et les petites entreprises subissent les conséquences de la sécheresse, tandis que les grands consommateurs, comme les exploitations agricoles ou les complexes touristiques, paient des tarifs dérisoires pour l’eau. Les labels *verts* attribués à certaines productions agricoles masquent souvent une réalité peu durable. En 2026, l’Union européenne a pointé du doigt le Portugal pour son manque de rigueur dans la gestion de l’eau, risquant des sanctions financières. La crise hydrique menace aussi la biodiversité locale et la résilience des écosystèmes face au changement climatique.

