Restriction calorique : Certains nutriments présents dans les aliments peuvent-ils allonger la durée de vie en bonne santé ?
Conjuguée à la pratique d’une activité physique régulière, une alimentation variée et équilibrée reste le moyen le plus sûr d’améliorer ses chances de vieillir en bonne santé. Tatjana Baibakova/Shutterstock (no reuse) L’ESSENTIEL Des travaux ont démontré que, chez l’animal, réduire les apports énergétiques en diminuant la quantité de nourriture augmente l’espérance de vie.
Chez les animaux comme les levures ou les rongeurs, réduire de 20 à 40 % les apports caloriques tout en maintenant une alimentation équilibrée a démontré une augmentation de leur espérance de vie. Ces résultats, observés sur des décennies de recherches, montrent que cette restriction active des mécanismes cellulaires bénéfiques, comme l’autophagie (processus de recyclage des composants endommagés des cellules) ou la production d’énergie par les mitochondries (les centrales énergétiques des cellules). Cependant, ces effets varient selon l’espèce, le sexe, l’âge et le patrimoine génétique des organismes étudiés. Par exemple, une étude de 2003 a confirmé ces résultats sur des souris, mais les mécanismes exacts restent partiellement incompris.
Chez l’être humain, les preuves scientifiques ne confirment pas encore que la restriction calorique prolonge la durée de vie en bonne santé. Le plus grand essai clinique mené sur ce sujet, l’étude CALERIE (2007-2012), a suivi 218 adultes en bonne santé pendant deux ans. Les participants ont réduit leur apport calorique de 12 % en moyenne, ce qui a amélioré leur pression artérielle, leur sensibilité à l’insuline et réduit certains marqueurs d’inflammation. Ils ont aussi perdu environ 5,4 kg de graisse et 2 kg de muscle, mais la densité osseuse a légèrement diminué au niveau du rachis et de la hanche. Aucun effet sur l’espérance de vie n’a été observé. De plus, maintenir une telle restriction sur le long terme est difficile pour la plupart des gens.
L’espérance de vie en bonne santé désigne le nombre d’années vécues sans incapacité ni maladie chronique. En 2021, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait que l’espérance de vie mondiale était de 71,4 ans, mais l’espérance de vie en bonne santé n’était que de 61,9 ans, soit un écart de 9,5 ans. En France, les femmes peuvent espérer vivre 64,1 ans sans incapacité et les hommes 63,7 ans, des chiffres supérieurs de 10 et 8 mois à la moyenne européenne. La notion de vieillissement en bonne santé inclut aussi la capacité à accomplir des tâches quotidiennes, maintenir des relations sociales et contribuer à la société, même en présence de problèmes de santé.
Certains nutriments présents dans les aliments, appelés mimétiques de la restriction calorique, pourraient reproduire certains effets bénéfiques de la restriction calorique sans nécessiter de réduire les apports caloriques. Ces composés agissent sur des mécanismes cellulaires comme l’autophagie, la production d’énergie par les mitochondries ou la perception du statut énergétique des cellules. Parmi eux, on trouve la spermidine (présente dans le germe de blé, les champignons ou les légumineuses), le resvératrol (dans le raisin et les baies), les catéchines (dans le thé vert et le cacao) ou l’urolithine A (produite par des bactéries intestinales à partir de la grenade ou de la noix). Cependant, les études chez l’humain restent limitées et ne permettent pas encore de conclure à des bénéfices clairs sur la santé ou la longévité.
Plusieurs études ont testé des mimétiques de la restriction calorique chez l’humain, mais avec des résultats mitigés. Par exemple, une étude de 2018 sur 30 personnes âgées a suggéré que la spermidine pouvait améliorer la mémoire, mais un essai plus large en 2022 (100 participants) n’a pas confirmé cet effet. Pour le resvératrol, une étude de 2017 a montré une amélioration de la force musculaire chez 30 adultes âgés, mais sans impact sur des tâches physiques concrètes. L’urolithine A a aussi montré des bénéfices sur l’endurance musculaire et la santé des mitochondries, mais sans amélioration significative des critères principaux comme la distance de marche. Aucune de ces études n’a prouvé un lien direct avec une augmentation de la durée de vie en bonne santé.
Les régimes méditerranéen et traditionnel d’Okinawa (Japon) sont associés à un vieillissement en meilleure santé. Le régime méditerranéen privilégie les légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, fruits à coque et huile d’olive, tandis que le régime d’Okinawa repose sur la patate douce, les légumes, le soja et de petites quantités de poisson. Une étude de 2025 sur plus de 105 000 adultes a montré que ces régimes, riches en fruits, légumes, céréales complètes, fruits à coque, légumineuses et acides gras insaturés (comme les oméga-3), augmentent les chances de vieillir en bonne santé sans maladie chronique majeure. L’apport en protéines de qualité et l’activité physique régulière sont aussi essentiels pour préserver la masse musculaire et les capacités fonctionnelles.
L’activité physique joue un rôle clé dans le vieillissement en bonne santé. Au Royaume-Uni, les recommandations pour les personnes âgées incluent au moins deux jours par semaine d’exercices améliorant la force, l’équilibre et la souplesse, en complément d’une activité aérobie régulière. En France, il est conseillé de pratiquer des exercices de souplesse (yoga, tai-chi, étirements) pendant au moins dix minutes, deux fois par semaine, en plus du renforcement musculaire (marche, gymnastique aquatique, vélo, jardinage). Ces activités aident à maintenir l’autonomie et à réduire le risque de perte de masse musculaire et de déclin cognitif lié à l’âge.
À ce jour, aucune donnée scientifique ne justifie la consommation de fortes doses de compléments alimentaires mimétiques de la restriction calorique pour allonger la durée de vie en bonne santé. En revanche, une alimentation variée et équilibrée, combinée à une activité physique adaptée et régulière, reste la meilleure stratégie pour vieillir en bonne santé. Les régimes méditerranéen et d’Okinawa, riches en aliments naturels non transformés, sont des exemples de modèles alimentaires bénéfiques. Il est aussi crucial de privilégier un apport suffisant en protéines de qualité et de maintenir un poids santé pour préserver la masse musculaire et les capacités physiques.

