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À Montréal, la tradition du vin maison se transmet de génération en génération

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 3 h

La tradition de faire du vin artisanal ne se perd pas pour des familles d'origine italienne et portugaise..

Tradition familiale ancestrale

Chaque automne, des familles montréalaises d’origine italienne et portugaise perpétuent une tradition vieille de plusieurs générations : la fabrication de vin maison (vino di casa). Cette pratique consiste à transformer des raisins achetés sur les marchés en vin artisanal, sans ajout de sulfites. Chez les Pettinicchio, une famille italo-montréalaise, cette tradition se transmet depuis l’enfance de Faustino Pettinicchio, qui aidait son père à ouvrir les caisses de raisin en bois. Aujourd’hui, il enseigne à son fils Pasquale les étapes de ce processus, qui inclut une première fermentation dans une cuve, suivie d’un pressurage manuel à l’aide d’un pressoir en bois hérité de son grand-père, importé d’Italie dans les années 1950. Malgré des résultats parfois imprévisibles, la fierté et le plaisir du partage familial restent centraux dans cette pratique.

Solidarité communautaire

La fabrication du vin maison à Montréal était autrefois une affaire collective, marquée par une forte solidarité entre voisins. Faustino Pettinicchio se souvient que, dans son quartier de Saint-Michel, des cuves de fermentation étaient installées devant plusieurs foyers, et que les outils étaient partagés entre familles. Cette entraide reflétait l’esprit de communauté qui animait les immigrants italiens arrivés à Montréal après la Deuxième Guerre mondiale. À cette époque, ces familles ont adopté la tradition du vin di casa, faute de trouver des vins locaux ou importés adaptés à leurs goûts. Cette pratique est devenue un marqueur culturel pour la diaspora italienne, tout en s’étendant à d’autres communautés, comme les Portugais.

Saison des vendanges intense

La saison de production du vin maison s’étend de début septembre à mi-octobre, une période courte mais intense. Depuis les années 1960, l’entreprise familiale Lazio, basée à Montréal, importe des centaines de tonnes de raisins californiens chaque année pour répondre à la demande des Italo-Montréalais. Fondée par le père de Mira Porco, aujourd’hui dirigée par ses frères, Lazio propose des cépages variés comme le cabernet sauvignon, le muscat ou le chardonnay. Les clients achètent des caisses de raisins pour les presser et les fermenter chez eux. Bien que la saison soit plus courte qu’autrefois, la clientèle de Lazio s’est diversifiée : autrefois principalement composée d’Italiens et de Portugais, elle inclut désormais des Canadiens français, des Roumains et d’autres nationalités.

Diversité des pratiques modernes

Si la tradition du vin maison perd en popularité auprès des jeunes générations, elle reste ancrée dans certaines familles. Elena Faita, fondatrice de l’école de cuisine italienne Mezzaluna, souligne que son père fabriquait du vin chaque année mais n’a jamais partagé sa recette. En héritage, il a laissé 800 bouteilles à ses enfants, réparties entre eux. Certains voisins de la Petite Italie continuent cette pratique jusqu’à un âge avancé, comme un homme de 95 ans cité par Stefano Faita, qui produisait encore son vin malgré une qualité parfois discutable. Pour adoucir un vin trop corsé, il était courant de le mélanger avec des boissons gazeuses, comme du soda au gingembre ou du 7 Up. Faustino Pettinicchio confirme que la qualité varie, mais insiste sur l’importance de respecter cette tradition, même si le résultat n’est pas toujours parfait.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans la perpétuation de cette tradition. Faustino Pettinicchio, issu d’une famille italo-montréalaise, incarne la transmission intergénérationnelle du savoir-faire. Lazio, entreprise familiale fondée dans les années 1960, fournit les raisins nécessaires à la fabrication du vin maison et s’adapte à une clientèle de plus en plus diversifiée. Elena Faita, quant à elle, représente une nouvelle génération de cuisinières italiennes qui perpétuent indirectement cette tradition, notamment à travers des initiatives culinaires. Enfin, Mira Porco, dirigeante de Lazio, observe une évolution des pratiques, avec une participation croissante de non-Italiens, tout en soulignant l’engagement de sa famille à encourager les jeunes à reprendre le flambeau.

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