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Philosophie

Climatologies muséales : réguler les imaginaires mondiaux

AOC Media · mis à jour il y a 16 j

Dès 1963, l’artiste Hans Haacke s’intéressait au régime microclimatique qu’est un musée et mettait en doute son apparente innocence. Aujourd’hui, la climatologie muséale, champ de savoirs et de pratiques complexe, entend renouveler les manières de penser le patrimoine commun et les modalités de circulation des objets culturels, de leurs auteur.ices et de leurs héritièr.es.

Musées et climat

Dès 1963, l’artiste Hans Haacke a souligné que les musées, souvent perçus comme des lieux neutres et intemporels, sont en réalité des régimes microclimatiques sensibles aux variations environnementales. Aujourd’hui, la climatologie muséale désigne un champ d’études et de pratiques qui examine comment les conditions climatiques internes des musées influencent la conservation des œuvres, la santé des visiteurs et des employés, ainsi que la circulation des objets culturels et de leurs créateurs. Cette discipline interroge également la capacité des musées traditionnels à maintenir leurs normes de conservation face aux défis posés par le changement climatique. Par exemple, en Europe, une hausse de seulement 4 degrés des températures extérieures peut compromettre la stabilité des infrastructures culturelles en zones tempérées.

Vagues de chaleur

En 2025, plusieurs musées en France ont dû fermer temporairement leurs portes en raison de vagues de chaleur estivales. À Paris, le Louvre et le Palais de Tokyo ont été concernés, tout comme tous les musées de Nîmes. Ces fermetures visaient à protéger les œuvres d’art, les visiteurs et le personnel des risques liés aux températures élevées. Ces événements illustrent la vulnérabilité croissante des institutions culturelles face au réchauffement climatique, qui perturbe les conditions de conservation traditionnelles. Ils ont également accéléré les réflexions sur l’adaptation des musées, notamment en matière de gestion énergétique et de régulation thermique.

Écologisation des musées

Face aux enjeux climatiques, une dynamique d’écologisation des musées s’est engagée à l’échelle internationale. Cette approche vise à transformer les pratiques muséales pour les rendre plus durables, en réduisant notamment leur dépendance aux systèmes de climatisation énergivores, essentiels à la conservation des collections. Des organisations muséales, des artistes et des chercheurs en sciences humaines collaborent pour repenser les normes de conservation et les modalités de partage des objets culturels. L’objectif est de concilier préservation du patrimoine et réduction de l’empreinte écologique des institutions, tout en interrogeant les régimes thermopolitiques qui organisent les relations entre humains, objets et milieux depuis plusieurs décennies.

Régimes thermopolitiques

Les régimes thermopolitiques désignent les systèmes de contrôle et de régulation des conditions climatiques, souvent invisibles, qui structurent les relations entre les espaces intérieurs (comme les musées) et extérieurs. Ces régimes conditionnent depuis 50 ans les formes de coexistence entre les êtres, les objets et les environnements. Par exemple, les normes de conservation des musées reposent sur des protocoles stricts de température et d’humidité, conçus pour préserver les œuvres sur le long terme. Cependant, ces normes, héritées d’une vision occidentale de la conservation, sont aujourd’hui remises en question par les bouleversements climatiques et la nécessité de repenser la durabilité des pratiques muséales.

Défis de la conservation

La conservation des œuvres d’art dans les musées repose sur des conditions climatiques précises, souvent maintenues par des systèmes de climatisation coûteux en énergie. Pourtant, ces systèmes sont de plus en plus contestés, car ils contribuent aux émissions de gaz à effet de serre tout en fragilisant la résilience des musées face aux aléas climatiques. Des initiatives émergent pour adapter ces normes, comme le protocole développé par le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden de Washington pour une œuvre jugée « menaçante » en raison de ses exigences de conservation particulières. Ces adaptations soulèvent des questions sur l’équilibre entre préservation du patrimoine et transition écologique.

Ce que ça pourrait changer

Les réflexions sur la climatologie muséale s’inscrivent dans un contexte international, où des institutions comme l’*ICOFOM* (Comité international pour la muséologie) ou des chercheurs comme Philippe Rahm et Gregory Quenet explorent de nouvelles approches. Ces travaux interrogent la capacité des musées à évoluer vers des modèles plus durables, tout en tenant compte des spécificités culturelles et géographiques. Par exemple, des études comme celles des *Augures* (2025) ou du *Théâtre de l’Odéon* (2025) analysent les impacts concrets du changement climatique sur les infrastructures culturelles. Ces recherches visent à proposer des solutions adaptées aux défis globaux, tout en préservant la diversité des patrimoines et des pratiques muséales.

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