Climatologies muséales : réguler les imaginaires mondiaux
Alors que les musées occidentaux se présentent traditionnellement comme des sanctuaires intemporels de la culture, leur vulnérabilité face aux bouleversements climatiques révèle une contradiction fondamentale : ces institutions, censées transcender le temps, sont en réalité des écosystèmes thermiques aussi fragiles qu’interdépendants des cycles du vivant. À travers le prisme de la climatologie muséale, Sandra Delacourt interroge la manière dont ces infrastructures culturelles, loin d’être neutres, participent à la régulation d’un ordre thermopolitique mondial, où les normes de conservation deviennent des leviers de pouvoir sur les imaginaires collectifs.
En quoi la climatologie muséale remet-elle en cause le mythe de l’intemporalité des musées ?
La climatologie muséale démontre que les musées ne sont pas des espaces atemporels mais des microclimats artificiels dont la stabilité dépend de conditions environnementales extérieures, comme en témoignent les fermetures répétées de salles en Europe lors des vagues de chaleur de 2025. Cette porosité aux variations climatiques questionne la prétention des institutions à incarner une permanence culturelle, révélant leur ancrage dans des régimes thermopolitiques qui conditionnent les modalités de conservation et de circulation des œuvres.
Quels acteurs ou institutions portent aujourd’hui les transformations liées à la climatologie muséale ?
Les transformations sont portées à la fois par des organisations muséales internationales, des chercheurs en sciences humaines et des artistes, comme en attestent les travaux de Tiziana N. Beltrame et Yaël Kreplak sur les réserves des musées, ou ceux de Lucie Marinier, Aude Porcedda et Hélène Vassal sur le lien entre musée et écologie. Ces initiatives s’inscrivent dans un mouvement plus large d’« écologisation » des pratiques culturelles, qui vise à repenser les normes de conservation énergivores héritées du XXe siècle.
Pourquoi la régulation des régimes thermopolitiques dans les musées est-elle un enjeu géopolitique ?
La régulation des climats intérieurs des musées ne se limite pas à une question technique : elle engage la coexistence mondiale des êtres, des objets et des milieux, en façonnant des hiérarchies implicites entre les cultures et les époques. Comme le suggère l’article, cette problématique interroge les rapports de pouvoir qui sous-tendent la circulation des biens culturels et la légitimité des institutions à décider des conditions de leur préservation, notamment dans un contexte de crise climatique accélérée.
Ce que ça pourrait changer
L’émergence de la climatologie muséale pourrait bouleverser les équilibres institutionnels en imposant une refonte des normes de conservation, au risque de marginaliser les musées incapables de s’adapter à des régimes thermiques moins stables. À plus long terme, cette évolution interroge la capacité des sociétés à repenser leur rapport au patrimoine non plus comme une archive figée, mais comme un écosystème dynamique soumis aux mêmes contraintes que les milieux naturels. Elle soulève aussi la question des inégalités d’accès aux solutions techniques entre pays du Nord et du Sud, où les infrastructures culturelles sont souvent moins résilientes.

