Moody’s, S&P
L’ESSENTIEL Depuis leur création, Moody’s (1909), Fitch (1913) et Standard and Poor’s (1941) dominent le marché des notations financières. En 2025, en dépit des tentatives pour réduire leur domination, les « Big Three » représentent encore 91,87 % du marché européen.
Moody’s (créée en 1909), Standard and Poor’s (S&P, fusion en 1941) et Fitch (1913) dominent le marché des notations financières depuis près d’un siècle. Ces agences de notation évaluent la capacité des États et des entreprises à rembourser leurs dettes, en attribuant des notes comme AAA (risque très faible) ou BB+ (risque élevé). En 2025, elles représentent encore 91,87 % du marché européen, malgré des décennies de critiques. Leur longévité s’explique par leur expérience accumulée, leur reconnaissance mondiale et leur intégration dans les pratiques financières. Par exemple, en septembre 2025, Fitch a dégradé la note de la France de AA− à A+, la maintenant toutefois dans la catégorie investissement (notes de AAA à BBB−), mais signalant une inquiétude sur ses finances publiques.
Depuis les années 1990, les Big Three (Moody’s, S&P, Fitch) sont régulièrement critiquées après chaque crise financière : crise asiatique (1997-1998), crise des subprimes (2007-2008) ou crise des dettes souveraines en zone euro (années 2010). Les reproches portent sur trois principaux problèmes. D’abord, des conflits d’intérêts : ces agences sont payées par les entreprises ou États qu’elles notent, ce qui peut biaiser leurs évaluations. Ensuite, des dégradations tardives : elles ont souvent sous-estimé les risques avant les crises, comme en 2008. Enfin, leur rôle déstabilisateur : une dégradation peut déclencher des ventes massives de titres, aggravant la crise. Malgré ces scandales, leur domination persiste.
Pour concurrencer les Big Three, les nouveaux entrants doivent surmonter des obstacles majeurs. La réputation est la première barrière : une agence comme l’américaine Dagong (créée en 1994) a échoué à s’imposer malgré son enregistrement en Europe en 2013, car les investisseurs lui préfèrent des acteurs historiques dont les notes sont perçues comme plus fiables. La réglementation joue aussi un rôle clé : depuis 1936 aux États-Unis, puis avec les accords Bâle 2 (2004) et les règles européennes de 2013, les notations des Big Three sont intégrées dans les calculs de fonds propres des banques. Enfin, les effets de réseau renforcent leur position : plus une agence est utilisée, plus les émetteurs et investisseurs dépendent de ses notes, créant une dépendance difficile à briser.
Les échelles de notes des Big Three sont devenues un langage commun pour les acteurs financiers. Elles classent les dettes en deux grandes catégories : investissement (notes de AAA à BBB−) pour les emprunts jugés sûrs, et spéculative (notes inférieures à BB+) pour les plus risqués. Cette standardisation facilite les comparaisons entre pays ou entreprises. Par exemple, en avril 2010, S&P a abaissé la note de la Grèce en spéculative, déclenchant une crise de confiance. En 2025, les Big Three contrôlent 91,87 % du marché européen, tandis que les alternatives comme l’agence canadienne DBRS (2 %) ou l’européenne Scope Rating (1,23 %) peinent à percer. Les investisseurs et régulateurs utilisent ces notes par habitude, malgré leurs limites.
Changer d’agence de notation implique des coûts de changement élevés pour les émetteurs et investisseurs. Les notations sont intégrées dans des contrats, des mandats de gestion ou des critères d’investissement. Par exemple, une banque peut exiger que ses portefeuilles ne contiennent que des titres notés investissement par les Big Three. Ces contraintes rendent les alternatives peu attractives, même si elles sont moins chères ou plus transparentes. Un témoignage recueilli en 2012 par le Sénat français illustre ce phénomène : des émetteurs canadiens acceptaient des évaluations gratuites d’une agence concurrente, mais refusaient de remplacer leur prestataire habituel, par crainte de perturber leurs relations avec les investisseurs.
Plusieurs pistes ont été explorées pour réduire la dépendance aux *Big Three*. D’abord, les *modèles internes* : depuis 2004 (accord *Bâle 2*), les banques peuvent utiliser leurs propres méthodes d’évaluation du risque (*IRB*), sans se fier uniquement aux notes externes. Ensuite, les *indicateurs de marché* comme les *spreads obligataires* (écart de rendement entre deux dettes) ou les *CDS* (contrats d’assurance contre les défauts) offrent des signaux d’alerte complémentaires. Enfin, des initiatives régionales, comme l’*Africa Credit Rating Agency* (AfCRA) portée par l’Union africaine, visent à adapter les notations aux spécificités locales. Aucune de ces solutions n’a cependant réussi à s’imposer, faute de couverture mondiale, de comparabilité ou de reconnaissance institutionnelle équivalente à celle des *Big Three*.

