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Économie

Les collectivités locales ont-elles trop recruté ?

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 15 j

La Cour des comptes a relancé le débat sur le nombre d’agents publics territoriaux, jugé trop élevé. Si leurs effectifs progressent encore, le procès classique du gaspillage d’argent public est très injuste..

Recrutements locaux en hausse

Depuis les lois de décentralisation de 1982-1986, les collectivités locales françaises (régions, départements, communes, intercommunalités, etc.) ont vu leurs effectifs croître fortement. En 2024, elles employaient plus de 2 millions de personnes, soit 5,8 millions d’emplois publics au total. Entre 2014 et 2024, le nombre d’agents territoriaux a augmenté de 4 %, un rythme supérieur à la croissance démographique (+3,3 %). Cette hausse s’explique par l’attribution de nouvelles compétences aux collectivités, comme la gestion des transports, des déchets ou de la petite enfance. Cependant, les évolutions varient selon les types de structures : les régions et intercommunalités ont vu leurs effectifs progresser, tandis que les communes et départements ont légèrement réduit les leurs.

Cour des comptes alarmiste

La Cour des comptes, organisme indépendant chargé de contrôler les finances publiques, a récemment proposé de supprimer 140 000 emplois territoriaux pour réaliser des économies. Cette suggestion s’inscrit dans une logique libérale qui critique le millefeuille territorial, c’est-à-dire la superposition de niveaux administratifs (communes, intercommunalités, départements, régions) et les chevauchements de compétences qui en découlent. Selon certains économistes, ces chevauchements entraîneraient un gaspillage annuel de 7,5 milliards d’euros, notamment à cause des réunions de coordination entre échelons. Cependant, la Cour des comptes reconnaît aussi que les collectivités ont réussi à réduire leur déficit en 2025 malgré les ponctions de l’État.

Dette locale maîtrisée

Contrairement aux idées reçues, les collectivités locales ne sont pas responsables de l’endettement public français. Elles sont soumises à une règle d’or : elles ne peuvent emprunter que pour financer des investissements (comme la construction d’écoles), et non pour couvrir leurs dépenses de fonctionnement (salaires, charges courantes). En 2025, leur situation financière reste solide, avec une capacité à réduire leur déficit malgré les restrictions budgétaires imposées par l’État. Cette discipline explique pourquoi leur part dans la dette publique globale est limitée, contrairement à celle de l’État central, qui concentre l’essentiel de l’endettement national.

Mutualisation en progression

La mutualisation des services entre collectivités est un phénomène en hausse, souvent présenté comme une solution pour réduire les coûts. Par exemple, plusieurs petites communes peuvent partager une seule crèche ou un service de collecte des déchets, ce qui améliore l’offre de services tout en optimisant les dépenses. Cependant, cette mutualisation peut aussi entraîner une hausse temporaire des effectifs, car elle vise à offrir des services de qualité à des territoires qui ne pourraient les financer seuls. La Cour des comptes note que cette tendance a permis de moderniser l’administration territoriale, même si elle a parfois accru les dépenses dans un premier temps.

Services publics renforcés

Les collectivités locales ont récupéré des missions autrefois assurées par l’État, comme la gestion des crèches ou des polices municipales. Par exemple, le nombre de crèches collectives a augmenté de 58 % entre 1995 et 2022, principalement grâce à l’intercommunalité. Cette montée en puissance a souvent permis d’améliorer l’offre de services publics, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Cependant, certaines collectivités choisissent de limiter leurs impôts locaux, ce qui se traduit par une offre de services plus restreinte. D’autres externalisent des missions au secteur privé, une pratique qui ne réduit pas forcément la dépense publique globale, mais modifie la répartition des effectifs.

Ce que ça pourrait changer

La question du recrutement excessif dans les collectivités locales revient en réalité à se demander quel niveau de services publics la société souhaite. Certains territoires privilégient des impôts locaux bas et une offre minimale, tandis que d’autres investissent davantage dans les services. Le choix entre une gestion publique directe (*régie*) ou une délégation au privé influence aussi les effectifs, mais pas nécessairement le coût total. Comme le souligne Nicolas Portier, professeur à Sciences Po, la réponse dépend des priorités locales : faut-il réduire les dépenses, améliorer l’efficacité, ou maintenir un haut niveau de services ? Le gouvernement a tranché en prévoyant de nouvelles restrictions budgétaires pour 2027, mais le débat reste ouvert.

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