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Les plans de travail en quartz, à l’origine d’une crise de santé publique aux États-Unis et dans le monde

The Conversation France · mis à jour 1 août

La pierre reconstituée, également appelée « quartz » ou « aggloméré de quartz », est devenue un matériau très prisé pour les plans de travail de cuisine. Guillermo Spelucin Runciman/iStock/Getty Images Plus Dans l’imaginaire collectif, la silicose, grave maladie incurable qui détruit la fonction pulmonaire, est associée au travail des mineurs.

Qu'est-ce que la pierre reconstituée

La pierre reconstituée, souvent commercialisée sous le nom de quartz, est un matériau synthétique utilisé pour fabriquer des plans de travail de cuisine. Elle est composée à 95% de quartz broyé mélangé à des résines polyester et des pigments. Ce produit est apprécié pour sa résistance et son coût souvent inférieur à celui du marbre. Cependant, lors de sa découpe, meulage ou polissage, des particules extrêmement fines de silice cristalline sont libérées dans l’air. Ces particules, invisibles à l’œil nu, sont inhalées par les ouvriers et peuvent causer des maladies graves comme la silicose. Malgré son apparence inoffensive, ce matériau représente donc un risque majeur pour la santé des travailleurs exposés.

La silicose, une maladie redoutable

La silicose est une maladie pulmonaire incurable qui détruit progressivement la capacité respiratoire. Elle est provoquée par l’inhalation prolongée de particules de silice cristalline, un minéral présent dans la pierre reconstituée. Cette pathologie, autrefois associée aux mineurs, touche désormais des ouvriers travaillant dans des ateliers de fabrication de plans de travail. La silicose est mortelle et ne dispose d’aucun traitement curatif. Entre 2019 et 2026, au moins 30 travailleurs californiens sont décédés de cette maladie, et plus de 550 autres ont reçu un diagnostic. Les symptômes incluent une toux persistante, un essoufflement et une fatigue chronique. Les victimes sont souvent des travailleurs jeunes, avec un âge médian de 46 ans au moment du diagnostic et de 52 ans au décès.

Une crise sanitaire aux États-Unis

Aux États-Unis, la silicose liée à la pierre reconstituée est devenue une urgence de santé publique. En Californie seulement, plus de 550 cas ont été recensés depuis 2019, dont 100 ont nécessité une greffe pulmonaire. Cette maladie coûte des millions de dollars par personne en soins médicaux, principalement pris en charge par des programmes publics comme Medicaid. Pourtant, de nombreux ouvriers n’ont pas accès à des soins spécialisés pour diagnostiquer ou traiter la silicose. Les grandes surfaces comme Costco, Home Depot et Lowe’s continuent de vendre ces produits, malgré leur dangerosité. En 2024, un procès aux États-Unis a attribué 52 millions de dollars de dommages et intérêts à un ouvrier atteint de silicose, illustrant l’ampleur des conséquences pour les victimes.

Une épidémie mondiale en expansion

La silicose liée à la pierre reconstituée n’est pas un problème limité aux États-Unis. Des cas ont été signalés dans plusieurs pays, notamment en Israël, en Espagne, en Australie, au Royaume-Uni, en Chine et à Taïwan. En Espagne, entre 2007 et 2024, 5 900 cas ont été recensés, et un propriétaire d’entreprise a été condamné pour avoir dissimulé les dangers du matériau. En réponse, certains pays comme l’Australie ont interdit l’utilisation de pierre reconstituée contenant plus de 1% de silice cristalline. D’autres, comme le Royaume-Uni, ont renforcé les normes de sécurité et interdit la découpe à sec de ces produits. Ces mesures visent à protéger les ouvriers, mais leur application reste inégale à l’échelle mondiale.

Les limites des régulations actuelles

Aux États-Unis, l’Occupational Safety and Health Administration (OSHA), l’agence fédérale chargée de la sécurité au travail, a abaissé en 2016 le seuil réglementaire d’exposition à la poussière de silice. Cependant, cette mesure ne suffit pas à protéger les travailleurs exposés à la pierre reconstituée. Les inspecteurs de l’OSHA ne peuvent visiter chaque lieu de travail qu’une fois tous les 191 ans en moyenne, en raison d’un manque de ressources. De plus, de nombreux ouvriers sont des travailleurs indépendants, ce qui les exclut de la protection de l’OSHA. En Californie, une norme plus stricte a été adoptée en 2024, mais son application reste limitée. Les fabricants et distributeurs, comme Ikea aux États-Unis, commencent à abandonner ce matériau, mais d’autres, comme Home Depot et Lowe’s, continuent de le commercialiser.

Les alternatives existent mais restent méconnues

Il existe des alternatives plus sûres à la pierre reconstituée pour fabriquer des plans de travail. Par exemple, les plans en verre broyé contiennent de la silice amorphe, une forme de silice bien moins toxique que la silice cristalline. Pourtant, ces alternatives sont peu connues des consommateurs, qui privilégient souvent la pierre reconstituée pour son coût et son apparence. Ikea a cessé de vendre des plans de travail en pierre reconstituée aux États-Unis en 2025, mais continue de les commercialiser en France et dans d’autres pays européens en 2026. Les fabricants pourraient adopter des matériaux plus sûrs, mais leur adoption dépend de la demande des consommateurs et des régulations en vigueur.

Ce que ça pourrait changer

La crise de la silicose liée à la pierre reconstituée a des conséquences économiques et juridiques majeures. Les coûts de prise en charge des victimes, incluant les greffes pulmonaires et les soins à vie, se chiffrent en millions de dollars par personne. Aux États-Unis, ces coûts sont souvent pris en charge par des programmes publics comme Medicaid. Des centaines de travailleurs ont engagé des poursuites contre les fabricants et distributeurs de ces produits, accusés de négligence. En 2024, un procès a abouti à une condamnation à 52 millions de dollars, mais les fabricants tentent de limiter leur responsabilité en promouvant des législations fédérales qui interdiraient ces poursuites. Ces enjeux montrent l’urgence d’agir pour protéger les travailleurs et les consommateurs.

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