Anniken Grønstad, professeure de gestion interrogée sur le télétravail : "ce n'est pas parce qu'il est plus simple de résoudre les problèmes en présentiel qu'il s'agit de la meilleure façon de faire"
Les arguments invoqués pour imposer cinq jours au bureau ne seraient pas confirmés par la recherche. Réduire le télétravail faciliterait surtout l'encadrement, sans garantir un meilleur fonctionnement de l'entreprise..
Anniken Grønstad, professeure de gestion à l’université de Bergen en Norvège, remet en question l’idée selon laquelle le présentiel serait systématiquement plus efficace pour résoudre les problèmes en entreprise. Elle souligne que si le travail en présentiel peut sembler plus simple pour certaines tâches, cela ne signifie pas qu’il s’agit de la meilleure méthode. Le télétravail, bien que parfois perçu comme moins direct, peut offrir des avantages en termes de flexibilité, de concentration ou d’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Grønstad invite à ne pas confondre simplicité et efficacité, et à évaluer chaque situation de manière objective pour déterminer le cadre de travail le plus adapté.
Selon Grønstad, la performance d’une équipe ne devrait pas être évaluée uniquement sur sa capacité à résoudre rapidement des problèmes en présentiel, mais aussi sur la qualité des solutions trouvées et leur durabilité. Elle explique que les échanges en face-à-face peuvent parfois favoriser des décisions rapides, mais pas toujours les plus réfléchies ou innovantes. À l’inverse, le télétravail permet souvent une meilleure préparation et une réflexion plus approfondie, grâce à des outils comme les messageries asynchrones ou les documents partagés. La professeure insiste sur l’importance de mesurer la performance à travers des indicateurs comme la productivité, la créativité ou la satisfaction des employés, plutôt que par la seule présence physique.
Grønstad met en avant les bénéfices du télétravail pour les employés, notamment en termes d’autonomie et de flexibilité. Elle cite des études norvégiennes qui montrent que les travailleurs en télétravail partiel ou total rapportent souvent une meilleure qualité de vie, une réduction du stress et une augmentation de leur motivation. Ces avantages peuvent se traduire par une hausse de la productivité à long terme. Cependant, elle reconnaît que cette modalité de travail ne convient pas à tous les métiers ou à toutes les personnalités, et qu’elle nécessite une bonne organisation individuelle et collective. La clé réside dans l’adaptation des méthodes de travail aux besoins spécifiques de chaque équipe.
Pour que le télétravail soit efficace, Grønstad souligne l’importance des outils numériques adaptés. Elle évoque des plateformes comme Slack, Microsoft Teams ou Trello, qui permettent de maintenir une collaboration fluide malgré la distance. Ces outils facilitent la communication, le partage de documents et le suivi des projets, réduisant ainsi les inconvénients liés à l’absence de contact physique. La professeure insiste aussi sur la nécessité de former les équipes à ces outils et de définir des règles claires pour leur utilisation, afin d’éviter les malentendus ou les surcharges d’informations.
Grønstad ne prône pas un rejet total du présentiel, mais plutôt un équilibre entre les deux modes de travail. Elle suggère que les entreprises adoptent des modèles hybrides, combinant présentiel et télétravail, en fonction des tâches à réaliser. Par exemple, les réunions créatives ou les échanges complexes pourraient être favorisés en présentiel, tandis que les tâches individuelles ou répétitives pourraient être réalisées à distance. Cette approche permet de tirer parti des avantages de chaque modalité tout en limitant leurs inconvénients. Elle cite des exemples de pays nordiques où cette flexibilité a permis d’améliorer à la fois la performance et le bien-être des employés.

