La politique climatique de la France est très insuffisante, alerte le Haut Conseil pour le climat
La France échoue encore et toujours à baisser ses émissions de gaz à effet de serre, dit le Haut Conseil pour le climat dans un nouveau rapport. Pire, sa politique nous mène droit vers la maladaptation et le chaos climatique.
Le Haut Conseil pour le climat (HCC), un organisme indépendant chargé d’évaluer la politique climatique française, alerte dans son rapport de juillet 2026 sur l’insuffisance criante de la stratégie du pays face au réchauffement. Selon ce rapport, la France ne parvient pas à réduire suffisamment ses émissions de gaz à effet de serre, qui piègent la chaleur dans l’atmosphère et accélèrent le changement climatique. Pire, ses actions actuelles risquent d’aggraver les conséquences déjà visibles du dérèglement climatique, comme les canicules ou les inondations. Le HCC souligne que cette situation met en danger la population, notamment les plus vulnérables, et que le gouvernement français est responsable de cette inaction. Le titre du rapport, Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités, résume cette critique.
Entre 2024 et 2025, les émissions de gaz à effet de serre de la France ont diminué de seulement 2,1 %, un chiffre provisoire qui marque un ralentissement par rapport aux années précédentes : -3 % en 2024, -3,9 % en 2023 et -6,8 % en 2022. Pour respecter ses engagements climatiques d’ici 2030, la France devrait réduire ses émissions de 4 % par an, soit le double de l’effort actuel. Le HCC explique que près de la moitié de cette baisse est due à des facteurs économiques négatifs, comme la fermeture d’usines ou la réduction du cheptel d’élevage, et non à des réformes structurelles durables. Sans changement radical, le pays échouera à atteindre ses objectifs.
L’agriculture est le deuxième secteur émetteur de gaz à effet de serre en France, avec 21 % des émissions totales, derrière les transports (34 %). Tous les indicateurs évaluant les efforts d’atténuation du réchauffement dans ce domaine sont jugés insuffisants par le HCC : réduction des émissions, stratégie gouvernementale, outils publics, adaptation et transition juste. Jean-François Soussana, président du HCC, souligne l’urgence de transformer le système alimentaire pour le rendre plus résilient face aux canicules et aux chocs climatiques, tout en luttant contre l’insécurité alimentaire qui touche un tiers des Français. Le HCC recommande notamment de réduire la consommation de viande et de développer massivement l’agroécologie, une méthode agricole respectueuse de l’environnement.
Seul le secteur de l’énergie (9 % des émissions) est considéré comme cohérent dans sa politique d’atténuation. Les autres domaines accusent un retard préoccupant : les transports devraient multiplier par 2,4 leur baisse d’émissions, le bâtiment par 2,6 et les déchets par 1,1 pour atteindre les objectifs. Le HCC insiste sur le fait que ces retards aggravent les impacts du changement climatique, déjà visibles : perturbation de la scolarité des enfants, surmortalité liée à la chaleur, diffusion de maladies, pertes agricoles, tensions sur l’eau, inondations, retrait-gonflement des argiles (un phénomène qui fissure les sols), hausse des coûts des assurances et recul du trait de côte (l’érosion des côtes).
Les retards dans la lutte contre le changement climatique touchent davantage les populations les plus pauvres, selon Sophie Dubuisson-Quellier, sociologue et membre du HCC. Les catastrophes naturelles, la hausse des prix de l’alimentation ou de l’énergie, et les coûts des assurances pèsent proportionnellement plus sur les ménages modestes. Le rapport souligne que l’État ne prend pas suffisamment en compte cette dimension de justice sociale dans ses politiques d’adaptation. Les exemples cités incluent les passoires thermiques (logements mal isolés), l’insuffisance des systèmes de santé face aux canicules, l’accès limité aux lieux de fraîcheur et la vulnérabilité accrue des territoires d’outre-mer.
Le principal problème de la politique climatique française n’est pas l’absence de plans, mais le manque d’investissements suffisants. Pour atteindre ses objectifs, la France devrait doubler ses investissements dans les solutions bas carbone (énergies renouvelables, rénovation des bâtiments, etc.) et diviser par deux ceux liés aux énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz). Pourtant, depuis 2024, les investissements bas carbone ont reculé de 5 %. Le HCC critique également la baisse des budgets alloués à des dispositifs clés comme le Fonds vert (qui finance la transition écologique des collectivités locales) ou MaPrimeRénov’ (aide à la rénovation énergétique des logements). Ces reculs aggravent l’écart entre les besoins et les moyens mis en œuvre.
Le HCC alerte sur le phénomène de maladaptation, c’est-à-dire le déploiement de solutions inefficaces ou contre-productives face au changement climatique. Par exemple, le gouvernement mise sur les mégabassines (grands réservoirs d’eau pour l’irrigation) et l’augmentation de l’irrigation pour soutenir l’agriculture, alors que ces pratiques aggravent les tensions sur la ressource en eau, déjà critiques. Paul Leadley, professeur d’écologie et membre du HCC, explique que la sobriété (réduction de la consommation d’eau) serait une meilleure réponse. Autre exemple : la généralisation de la climatisation pour faire face aux canicules. Bien que nécessaire dans certains lieux (écoles, hôpitaux), cette solution augmente localement les températures et contribue au réchauffement global.
Le HCC insiste sur le fait que la France n’est pas prête à affronter les conséquences du changement climatique. Après deux canicules et une flambée des prix des énergies fossiles, le pays doit agir rapidement pour protéger sa population. Pourtant, le gouvernement a récemment supprimé, pour des raisons budgétaires, des programmes de recherche sur l’adaptation des logements et des territoires. Jean-François Soussana, président du HCC, rappelle que la France doit améliorer sa résilience, protéger les plus vulnérables et limiter l’aggravation des dommages en accélérant ses actions d’adaptation. Sans cela, les risques de chaos climatique s’intensifieront.

