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Environnement

Incendies : en brûlant, les forêts françaises alimentent le dérèglement climatique qui les détruit

Reporterre · mis à jour il y a 10 j

Facilités par le réchauffement climatique, les feux de forêt contribuent eux-mêmes à ce phénomène. Au CO 2 libéré par les flammes, s'ajoute celui qui ne sera pas absorbé par ces puits de carbone ainsi détruits.

Feux records en France

En juillet 2026, la France connaît une saison d'incendies exceptionnellement précoce et intense. Selon les données du Système européen d'information sur les feux de forêt (Effis), près de 68 000 hectares avaient déjà brûlé au 27 juillet, un niveau normalement atteint bien plus tard dans l'année. Ces feux ravagent des régions comme la Gironde, les Côtes-d'Armor, la Drôme, le Var ou les Pyrénées-Orientales. Les conditions météo, marquées par des températures élevées, une sécheresse persistante et des vents forts, favorisent la propagation rapide des flammes. Ces incendies détruisent des arbres âgés de plusieurs décennies en quelques jours, transformant des écosystèmes entiers en paysages calcinés.

Cercle vicieux climatique

Le changement climatique aggrave les incendies, et ces derniers aggravent à leur tour le climat. Météo-France estime qu'avec un réchauffement de +4 °C d'ici la fin du siècle, le risque d'incendie pourrait s'étendre à l'ensemble du territoire français. Dans le sud du pays, notamment en région méditerranéenne, la saison des feux pourrait s'allonger de un à deux mois. Ce phénomène forme un cercle vicieux : les arbres, en brûlant, libèrent le carbone qu'ils stockaient, contribuant ainsi à l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Les forêts, qui jouent normalement un rôle de puits de carbone en absorbant le CO2, perdent cette capacité lorsqu'elles sont détruites.

Émissions massives de CO2

Les incendies libèrent d'importantes quantités de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère. Selon Effis, les feux de forêt français avaient déjà émis 1,4 million de tonnes de CO2 au cours des sept premiers mois de 2026, un chiffre supérieur à la moyenne des vingt dernières années (1 million de tonnes). En 2022, année record avec 66 000 hectares brûlés, les émissions avaient atteint 4,4 millions de tonnes de CO2. Une étude publiée en 2025 dans la revue Biogeosciences révise ce bilan à la hausse : en incluant les émissions liées à la combustion des sols organiques, des tourbières ou des roches comme la lignite, les feux auraient émis près de 8 millions de tonnes de CO2 en 2022. Cela représente 2 % des émissions totales de la France cette année-là, sans compter le carbone que les forêts n'ont pas pu absorber.

Forêts, puits de carbone affaiblis

Les forêts françaises absorbent normalement 27 millions de tonnes de CO2 chaque année, jouant un rôle clé dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cependant, les incendies réduisent fortement cette capacité. En 2022, les feux ont diminué de 30 % la capacité des forêts à séquestrer le carbone. Les sols brûlés deviennent noirs et absorbent davantage d'énergie solaire, ce qui réchauffe localement le climat. Selon le climatologue Philippe Ciais, directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, ce phénomène aggrave les conditions propices aux incendies. Les sols deviennent aussi plus vulnérables à l'érosion et aux inondations, comme l'explique Davide Faranda, climatologue, dans une interview au Nouvel Obs.

Régénération lente et incertaine

Après un incendie, les forêts peuvent se régénérer, mais ce processus est long et incertain. Certaines espèces, comme les herbacées, retrouvent leur état initial en un à deux ans, tandis que les forêts anciennes ou les tourbières mettent entre 500 et 1 000 ans à retrouver leur stock de carbone. Florent Mouillot, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement, souligne que les pins, par exemple, mettent près de quinze ans à produire des graines. Si un nouvel incendie survient avant cette période, la régénération est compromise et l'écosystème reste bloqué à l'état de maquis. Les ravageurs, les sécheresses et les canicules peuvent aussi entraver la repousse des arbres.

Ce que ça pourrait changer

Selon un rapport de l'association *Canopée*, la capacité des forêts françaises à absorber le carbone a été réduite de moitié entre 2013 et 2021. Plusieurs facteurs expliquent cette baisse : l'augmentation des abattages, notamment pour le chauffage, et la répétition des incendies. Ces derniers, en détruisant les écosystèmes, limitent la capacité des forêts à jouer leur rôle de régulateur climatique. Les scientifiques et les associations alertent sur l'urgence de protéger ces milieux naturels, qui sont à la fois victimes et acteurs du dérèglement climatique.

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