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Environnement

Data centers : le soutien « effréné » du gouvernement dénoncé dans un rapport parlementaire

Reporterre · mis à jour il y a 22 j

Une commission d'enquête a calculé que la puissance développée par les data centers pourrait monter, en environ cinq ans, à 15 gigawatts (15 000 mégawatts, MW ), soit l'équivalent de « 24 % de la puissance nucléaire française ». Cela représenterait un « risque d'accaparement de la production électrique par des opérateurs extra-européens et principalement par les hyperscalers &#18.

Rapport parlementaire critique

Un rapport parlementaire français, publié en 2024, dénonce le soutien « effréné » du gouvernement aux data centers (centres de données en français), ces infrastructures qui stockent et traitent les données numériques. Ce document, issu d’une commission d’enquête, met en lumière une politique publique jugée excessive et peu encadrée. Les auteurs du rapport, issus de différents groupes politiques, pointent du doigt l’absence de vision globale et les risques associés à cette expansion rapide. Selon eux, les aides publiques accordées à ces infrastructures, souvent détenues par de grands groupes technologiques, ne sont pas justifiées par des bénéfices socio-économiques clairs. Le rapport souligne également un manque de transparence dans les décisions prises par l’État et les collectivités locales.

Croissance des data centers

Les data centers sont des bâtiments spécialisés qui hébergent des serveurs informatiques et des équipements de stockage de données. Leur nombre et leur taille ont fortement augmenté en France ces dernières années, passant de 160 sites en 2010 à plus de 300 en 2024. Cette croissance s’explique par la demande croissante en stockage de données, notamment liée au développement du cloud computing (informatique en nuage), des services en ligne et de l’intelligence artificielle. En France, les data centers consomment déjà environ 2 % de l’électricité du pays, un chiffre qui pourrait doubler d’ici 2030 si aucune mesure n’est prise. Leur implantation est souvent encouragée par des subventions publiques, des exonérations fiscales ou des aides locales, comme des réductions de taxes ou des infrastructures adaptées.

Risques environnementaux

L’expansion des data centers soulève des préoccupations majeures en matière d’impact environnemental. Ces infrastructures sont énergivores : un seul data center de taille moyenne peut consommer autant d’électricité qu’une ville de 50 000 habitants. En France, leur consommation électrique a augmenté de 25 % entre 2015 et 2020, et cette tendance devrait se poursuivre. Les émissions de gaz à effet de serre associées à leur fonctionnement sont également pointées du doigt, alors que la France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Le rapport parlementaire critique l’absence de mesures contraignantes pour limiter ces impacts, malgré les engagements pris par le gouvernement en matière de transition écologique.

Manque de régulation

Le rapport dénonce un manque criant de régulation autour des data centers en France. Contrairement à d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, la France ne dispose pas de cadre législatif strict pour encadrer leur implantation ou leur exploitation. Les auteurs du rapport soulignent que les aides publiques, souvent accordées sans contrepartie environnementale ou sociale, favorisent une course effrénée entre les territoires pour attirer ces infrastructures. Par exemple, certaines collectivités locales offrent des subventions pouvant atteindre plusieurs millions d’euros pour attirer un data center, sans évaluer suffisamment les coûts cachés, comme la pression sur les réseaux électriques ou les ressources en eau pour le refroidissement des serveurs.

Acteurs et enjeux économiques

Les principaux bénéficiaires des aides publiques aux data centers sont les grands groupes technologiques internationaux, comme Google, Amazon, Microsoft ou OVHcloud. Ces entreprises investissent massivement dans des infrastructures en France, attirées par des coûts énergétiques relativement bas et une main-d’œuvre qualifiée. Cependant, le rapport souligne que les retombées économiques locales sont souvent limitées : les emplois créés sont peu nombreux et peu qualifiés, et les bénéfices fiscaux pour les collectivités sont parfois inférieurs aux coûts engendrés (infrastructures, services publics, etc.). Par ailleurs, les auteurs du rapport s’interrogent sur la dépendance croissante de la France vis-à-vis de ces acteurs étrangers, qui contrôlent une part croissante des données stratégiques du pays.

Ce que ça pourrait changer

Pour remédier à ces problèmes, le rapport parlementaire formule plusieurs recommandations. Il propose notamment d’instaurer un moratoire (suspension temporaire) sur les nouvelles aides publiques aux *data centers* jusqu’à ce qu’un cadre réglementaire strict soit mis en place. Les auteurs suggèrent également d’imposer des critères environnementaux et sociaux pour l’attribution des subventions, comme l’utilisation d’énergies renouvelables ou la limitation de la consommation d’eau. Enfin, le rapport recommande de mieux évaluer les retombées économiques réelles de ces infrastructures et de renforcer la transparence des décisions publiques. Ces propositions visent à concilier le développement numérique du pays avec ses engagements climatiques et sociaux.

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