Très instagrammable, la burrata manque tellement de raffinement
Une vie sans burrata, c’est une vie sans crème dans une poche de mozzarella, donc parfaitement possible, écrit Xaver von Cranach dans “Der Spiegel”. Après avoir retracé l’histoire de la burrata, le journaliste confie son incompréhension face au succès de ce fromage “dégoulinant”, trônant quasi systématiquement sur les pizzas et les salades, et devenu star des réseaux sociaux..
La burrata est un fromage italien originaire de la région des Pouilles, dans le sud du pays. Elle est souvent décrite comme une version plus riche et crémeuse de la mozzarella, car elle est composée d’une poche de mozzarella remplie de stracciatella (des filaments de pâte de fromage frais) et de crème. Son nom signifie d’ailleurs « beurré » en italien (burro), en référence à sa texture onctueuse et sa richesse. Historiquement, elle était une spécialité locale peu connue en dehors de l’Italie, mais elle a gagné en popularité internationale ces dernières années, notamment grâce à son aspect visuel et sa tendance à « dégouliner » sur les assiettes, ce qui en fait un sujet prisé des réseaux sociaux comme Instagram.
La burrata est devenue une star des réseaux sociaux en raison de son apparence photogénique : sa texture crémeuse qui s’étale et son aspect fondant en font un aliment très esthétique sur les photos. Elle est fréquemment présentée dans des recettes sophistiquées, comme des salades avec roquette, fèves, fenouil ou céleri, ou encore sur des pizzas, où elle remplace parfois la mozzarella traditionnelle. Selon l’auteur de l’article, cette popularité s’explique par une tendance à vouloir « améliorer » des aliments simples en les rendant plus élaborés ou visuellement attrayants, sans nécessairement apporter une valeur gustative supérieure. En Allemagne, par exemple, elle est devenue un symbole de cette mode culinaire jugée excessive.
Xaver von Cranach, journaliste allemand auteur de l’article publié dans Der Spiegel, exprime une critique acerbe envers la burrata. Pour lui, ce fromage incarne une dérive de la gastronomie moderne, où l’aspect visuel et l’effet de mode priment sur la simplicité et l’authenticité. Il compare sa texture à du « beurre liquide » et estime que sa popularité est disproportionnée, car elle détourne l’attention de fromages plus traditionnels comme la mozzarella de bufflonne, qu’il considère comme supérieure. L’auteur va jusqu’à déclarer qu’il ne mangera plus jamais de burrata, une décision qu’il qualifie de « lourde de conséquences » pour les 43,2 années restantes de sa vie, en référence à l’espérance de vie moyenne en Allemagne.
La *burrata* illustre une tendance plus large dans la gastronomie contemporaine, où les aliments deviennent des objets de consommation médiatique avant d’être des produits culinaires. Son succès commercial s’inscrit dans un marché mondialisé où les tendances alimentaires se propagent rapidement via les réseaux sociaux. En Italie, elle reste un produit artisanal, souvent fabriqué localement, mais à l’étranger, elle est parfois industrialisée pour répondre à la demande. L’article souligne que sa popularité reflète aussi une recherche de nouveauté et d’exotisme dans l’alimentation, même lorsque des alternatives plus simples et tout aussi savoureuses existent.

