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Droit

Après une expertise devant la CCI, peut-on demander une nouvelle expertise devant le juge judiciaire ? Ruben Atlani

Village Justice · mis à jour il y a 14 j

En matière de responsabilité médicale, l'une des premières étapes est souvent de solliciter l'organisation d'une expertise médico-légale, laquelle permettra notamment d'analyser la qualité de la prise en charge et d'évaluer les préjudices de la victime, et constituera ainsi un élément de preuve indispensable pour la suite du dossier. Cette expertise, qui peut être amiable ou judiciaire, est fréquemment réalisée dans le cadre de la procédure amiable devant une Commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI), des affections iatrogènes et des infections nosocomiales), qui présente l'avantage d'être relativement rapide, entièrement gratuite pour la victime et accessible à toute personne (...) Lire la suite...

Expertise judiciaire avant procès

Avant d’engager un procès au fond pour réclamer une indemnisation, par exemple après un accident médical, il est possible de demander une expertise judiciaire en référé (procédure rapide) au juge des référés. Cette demande repose sur l’article 145 du code de procédure civile, qui permet d’ordonner une mesure d’instruction comme une expertise dès lors qu’il existe un motif légitime. Par exemple, avant de saisir un tribunal pour obtenir le paiement d’une indemnisation, une victime peut demander une expertise médico-légale pour identifier la responsabilité de l’équipe médicale. Cette procédure est plus rapide qu’un procès classique, car elle vise à établir des faits avant le débat judiciaire principal.

Expertise CCI : valeur légale

Une expertise CCI (Commission de Conciliation et d’Indemnisation des accidents médicaux) est une expertise non judiciaire réalisée dans le cadre d’une procédure amiable pour évaluer les préjudices d’une victime. Contrairement à une expertise privée classique, la Cour de cassation a confirmé le 9 avril 2025 que cette expertise CCI présente des garanties équivalentes à une expertise judiciaire, notamment grâce aux articles L1142-9 et suivants du code de la santé publique. Cependant, le juge ne peut pas se fonder exclusivement sur ce rapport pour rendre sa décision, sauf si les parties ne contestent pas ses conclusions. Cela signifie que l’expertise CCI a une valeur probante élevée, mais pas absolue.

Demande après expertise CCI

Après une expertise CCI, une partie peut demander une nouvelle expertise judiciaire devant le juge des référés. La question de la légitimité de cette demande divise la jurisprudence. Certains tribunaux estiment que l’expertise CCI, bien que non judiciaire, offre des garanties suffisantes pour écarter une nouvelle expertise, la qualifiant de contre-expertise relevant uniquement du juge du fond (tribunal statuant sur le fond du litige). Cependant, la majorité des juridictions considèrent que cette demande n’est pas automatiquement irrecevable, car l’expertise CCI n’a pas la même force qu’une expertise judiciaire. Le juge des référés peut donc examiner cette demande s’il estime qu’un motif légitime existe.

Motifs légitimes pour nouvelle expertise

Pour qu’une demande d’expertise judiciaire soit acceptée après une expertise CCI, il faut démontrer un motif légitime. Un simple désaccord avec le rapport CCI ne suffit pas. En revanche, plusieurs situations peuvent justifier une nouvelle expertise, comme un rapport ambigu ou insuffisamment détaillé, une divergence entre les conclusions des experts et l’avis de la CCI, ou l’existence d’éléments médicaux contradictoires. D’autres motifs incluent l’absence de participation d’une partie (comme l’ONIAM, organisme public d’indemnisation) aux opérations d’expertise CCI, un état de santé non consolidé au moment de l’expertise CCI, ou une aggravation de l’état de santé depuis cette expertise.

Compétence du juge des référés

Le juge des référés est compétent pour ordonner une expertise judiciaire après une expertise CCI, sauf si la demande est qualifiée de contre-expertise relevant du juge du fond. Plusieurs décisions récentes confirment cette compétence, en précisant que l’expertise CCI, bien que de qualité, n’est pas une expertise judiciaire. Ainsi, le juge des référés peut examiner la demande s’il estime qu’elle ne constitue pas une redondance ou une contestation systématique du rapport CCI. Cette position est majoritaire, même si certaines juridictions adoptent une interprétation plus restrictive, renvoyant systématiquement ces demandes au juge du fond.

Recours après rejet en référé

Si le juge des référés rejette une demande d’expertise judiciaire après une expertise CCI, cette décision n’est pas définitive. En effet, l’ordonnance de référé n’a pas autorité de chose jugée sur le fond du litige. Cela signifie que la demande peut être reformulée devant le juge du fond, qui statue sur le procès principal. Le juge du fond peut ordonner une expertise si les éléments disponibles ne lui permettent pas de trancher, même après une expertise CCI. Par exemple, la Cour d’appel de Paris a accepté une expertise judiciaire demandée par l’ONIAM, car ce dernier n’avait pas participé à l’expertise CCI et les conclusions du rapport étaient insuffisantes ou contradictoires.

Ce que ça pourrait changer

Devant le *juge du fond*, une expertise judiciaire peut être ordonnée même après une expertise CCI, à condition que les éléments existants soient insuffisants pour statuer. Les articles 143 et 144 du code de procédure civile encadrent cette possibilité : le juge peut ordonner toute mesure d’instruction légalement admissible si les faits du litige nécessitent une évaluation plus approfondie. Ainsi, une partie peut obtenir une expertise judiciaire devant le juge du fond si elle parvient à démontrer que le rapport CCI ne couvre pas tous les aspects du litige ou que de nouveaux éléments sont apparus depuis cette expertise.

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