Alexeï Venediktov, journaliste russe : “Notre présence dans le pays est essentielle”
Comment s’informent les Russes en 2026, plus de quatre ans après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine ? Comment s’exerce aujourd’hui le journalisme en Russie ? Personnalité emblématique du journalisme russe, Alexeï Venediktov vit et travaille toujours en Russie. Dans le cadre du festival international de journalisme de Couthures-sur-Garonne, il a répondu aux questions de “Courrier international”..
Alexeï Venediktov est un journaliste russe âgé de 70 ans, figure majeure du journalisme indépendant en Russie depuis la chute de l'URSS. Il a cofondé en 1990 la radio Écho de Moscou, un média emblématique de la presse libre post-soviétique, où il a occupé le poste de rédacteur en chef pendant plus de trois décennies. Ce média a été fermé en mars 2022, quelques jours après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Depuis cette date, Venediktov est inscrit sur le registre officiel des « agents de l’étranger », une qualification imposée par les autorités russes aux personnes ou organisations perçues comme recevant un financement étranger ou critiquant le gouvernement. Malgré ces pressions, il est resté en Russie et a lancé en ligne un projet médiatique nommé Jivoï Gvozd (« Clou vivant »), qui diffuse des émissions similaires à celles d’Écho de Moscou, sans licence officielle.
Depuis plusieurs années, le paysage médiatique russe a subi des transformations majeures sous l’effet d’une censure accrue. Selon Alexeï Venediktov, 70 % de la population russe s’informe principalement via la télévision officielle, contrôlée par l’État. Cette dernière diffuse une version très encadrée de l’actualité, alignée sur la propagande gouvernementale. Parallèlement, Internet et les réseaux sociaux subissent des restrictions croissantes : blocages de sites, ralentissements volontaires des plateformes étrangères, et surveillance accrue des contenus. Ces mesures visent à limiter l’accès à des sources d’information indépendantes, poussant de nombreux journalistes et médias à l’exil ou à l’autocensure. Venediktov souligne que ces changements ont réduit la diversité des points de vue disponibles pour les citoyens russes, rendant l’accès à une information pluraliste de plus en plus difficile.
Face à la fermeture d’Écho de Moscou et à la répression des médias indépendants, Alexeï Venediktov a créé Jivoï Gvozd, une plateforme en ligne diffusant des émissions similaires à celles de son ancien média. Ce projet, lancé sans licence officielle, illustre une stratégie de contournement des restrictions imposées par les autorités. Venediktov explique que cette initiative s’appuie sur des réseaux informels et des relais locaux pour toucher les auditeurs, malgré les risques de répression. Il insiste sur l’importance de maintenir une présence médiatique en Russie, arguant que l’information indépendante est essentielle pour préserver un minimum de pluralisme dans un paysage médiatique largement contrôlé par l’État. Son approche reflète une forme de résistance passive, où la diffusion de contenus critiques se poursuit malgré les obstacles administratifs et juridiques.
Alexeï Venediktov a participé à une table ronde lors du Festival international de journalisme de Couthures-sur-Garonne, en France, les 10, 11 et 12 juillet 2026. Cet événement, organisé par les rédactions du groupe *Le Monde*, rassemble des journalistes, des experts et des citoyens pour discuter des enjeux contemporains de la presse, notamment la liberté d’expression et la désinformation. Venediktov y a répondu aux questions de *Courrier international* sur la circulation de l’information en Russie, partageant son analyse des mécanismes de censure et des stratégies de résistance des médias indépendants. Ce déplacement, bien que symbolique, met en lumière l’isolement des journalistes russes critiques et la nécessité pour eux de trouver des espaces de dialogue à l’étranger pour faire entendre leur voix.

