Face à la solitude, les Chinois paient des «accompagnateurs» pour leur apporter un peu de chaleur humaine
En Chine, de plus en plus d'entreprises proposent des services pour lutter contre l'isolement. Recréer des liens sociaux est devenu un marché à part entière, évalué à plus de 6,6 milliards d'euros..
En Chine, la solitude touche de nombreux citoyens, notamment les personnes âgées, les jeunes diplômés et les migrants ruraux installés en ville. Selon Teresa Kuan, anthropologue à l’université chinoise de Hong Kong, ce phénomène est exacerbé par la structure sociale et les modes d’interaction entre les individus. Les migrants ruraux quittent souvent des communautés très soudées pour des grandes villes où l’isolement est plus marqué. Les jeunes diplômés acceptent des emplois éloignés de leur famille, et les seniors se retrouvent souvent seuls, leurs enfants vivant parfois à des heures de trajet. Cette situation a conduit à une augmentation significative des cas de dépression et, dans certains cas extrêmes, à des pensées suicidaires, comme en témoigne l’histoire de Yang, une retraitée de 91 ans de Pékin.
Face à cette solitude croissante, une véritable industrie de la solitude s’est développée en Chine. Des entreprises proposent désormais des services payants pour recréer du lien social. Par exemple, Wang Yingwei a créé une entreprise qui livre des repas chauds deux fois par jour aux personnes âgées et passe du temps avec elles. Ses services coûtent deux fois moins cher que ceux d’un aidant à domicile traditionnel. Le marché de ces services est estimé à environ 6,6 milliards d’euros en 2025, selon la société de courtage chinoise Sinolink. Les activités proposées ne se limitent pas aux visites à domicile : certaines entreprises organisent des randonnées, comme celle de Wang Zhoutao, qui emmène des groupes sur le mont Huangshan tout en offrant un soutien émotionnel et en créant des moments de convivialité.
Plusieurs acteurs clés émergent dans ce secteur. Wang Yingwei, entrepreneur spécialisé dans l’aide aux personnes âgées, décrit ses employés comme des « enfants » pour ses clients et vice versa. Zheng Ruizhi, une retraitée de 75 ans, accueille Wang Yingwei chez elle et le surnomme son « cher garçon ». Ces interactions montrent comment ces services répondent à un besoin profond de compagnie. De son côté, Wang Zhoutao, ancien militaire, organise des excursions en montagne pour des participants en quête de soutien émotionnel. Ces services, bien que payants, apportent une présence humaine précieuse, comme le souligne Yang, une retraitée qui se sent désormais moins seule grâce à l’aide de Wang Yingwei.
Bien que ces services offrent une solution temporaire à la solitude, ils soulèvent des questions sur leur durabilité et leur accessibilité. Le marché, bien que florissant avec une valeur estimée à 6,6 milliards d’euros, reste inégalement réparti et ne touche pas tous les publics. Par ailleurs, la présence humaine payante, aussi bénéfique soit-elle, ne remplace pas un réseau social naturel. Les témoignages, comme celui de Yang, montrent que ces services améliorent le quotidien, mais ils ne résolvent pas les causes profondes de l’isolement, liées à des transformations sociales et économiques en Chine. Ces initiatives restent donc une réponse partielle à un problème complexe.

