Des médecins demandent à Ford de revoir sa décision de retirer des pistes cyclables à Toronto
Près de 20 kilomètres de voies réservées aux vélos sont dans le collimateur du gouvernement ontarien..
Le gouvernement ontarien dirigé par le premier ministre Doug Ford a décidé de retirer près de 19 kilomètres de pistes cyclables situées sur les rues Bloor, Yonge et l’avenue University à Toronto. Ces infrastructures, construites et modernisées depuis 2016 avec un investissement de 27 millions de dollars par la ville, visent à faciliter la circulation des cyclistes en les séparant physiquement des véhicules motorisés. Le projet s’inscrit dans le cadre du projet de loi 212, une loi provinciale qui donne au gouvernement le pouvoir de modifier ou supprimer des infrastructures urbaines sans consultation préalable des municipalités. En août 2023, la Cour d’appel de l’Ontario a infirmé un jugement précédent qui avait déclaré ce projet « inconstitutionnel » en raison de préoccupations liées à la sécurité, ouvrant ainsi la voie à sa mise en œuvre. Les travaux, dont le début est prévu « immédiatement », visent à rétablir des voies de circulation automobile sur Bloor Street West, bien que la date exacte de leur réalisation reste incertaine.
Plus de 600 professionnels de la santé, regroupés sous l’organisation Doctors for Safe Cycling, ont publié une lettre ouverte pour demander au gouvernement Ford d’annuler sa décision de retirer les pistes cyclables. Ces médecins, dont Samantha Green, médecin de famille et membre de l’organisation, soulignent que les pistes cyclables réduisent jusqu’à 90 % le risque de blessures pour les cyclistes et améliorent la sécurité de tous les usagers de la route. Ils rappellent que les collisions routières et la violence routière sont des causes majeures de traumatismes pour les patients et leurs familles. Selon eux, ces infrastructures encouragent également l’activité physique, ce qui peut prévenir des maladies chroniques comme le diabète ou les maladies cardiaques. Les médecins insistent sur le fait que les municipalités, comme Toronto, devraient avoir le droit de décider seules des infrastructures cyclables, sans intervention provinciale.
Les médecins et experts craignent que le retrait des pistes cyclables n’ait des conséquences négatives sur la santé publique et le système de santé ontarien. Selon des documents internes dévoilés lors de procédures judiciaires, la suppression de ces infrastructures pourrait entraîner une hausse de 54 % des collisions sur les rues concernées, sans pour autant réduire la congestion routière. Le député libéral et médecin urgentiste Adil Shamji a averti que cette décision alourdirait le fardeau des services d’urgence et des hôpitaux, déjà sous pression en raison de pénuries de personnel et de budgets serrés. Il a cité l’exemple de Hamilton Health Sciences, un centre hospitalier qui prévoit supprimer 413 emplois en raison d’un déficit projeté de 150 millions de dollars, illustrant ainsi l’impact potentiel des coûts supplémentaires liés au projet. Le gouvernement n’a pas encore précisé qui assumera les 48 millions de dollars estimés pour le retrait des pistes cyclables.
Le premier ministre **Doug Ford** défend son projet en affirmant qu’il vise à « lutter contre la congestion » et à permettre aux automobilistes de circuler plus librement. Cependant, des *documents de la Ville de Toronto* suggèrent que le retrait des pistes cyclables pourrait, au contraire, aggraver la circulation en augmentant le nombre de véhicules sur les routes. Le gouvernement provincial a déjà contesté une décision de justice antérieure qui avait bloqué le projet, et les travaux ont été lancés sans attendre une réponse définitive de la Cour. La province n’a pas répondu aux demandes de commentaires de la presse avant la publication de l’article. Ce conflit illustre une tension récurrente entre les priorités provinciales, axées sur la fluidité automobile, et les objectifs municipaux, qui incluent souvent la promotion des transports actifs et durables.

