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Généraliste

Pour l’objectivité

Le Devoir · mis à jour il y a 13 j

François Cardinal consacre un solide essai à la défense de ce principe journalistique menacé..

L'essai de Cardinal

François Cardinal, journaliste et vice-président à l’information de La Presse, publie en 2026 un essai intitulé La vérité n’a pas de camp (200 pages) qui défend l’objectivité comme principe fondamental du journalisme. L’auteur, ayant travaillé dans plusieurs médias québécois dont Le Devoir et Le Journal de Montréal, y interroge la nécessité de conserver cette règle malgré les critiques croissantes. Pour Cardinal, l’objectivité n’est pas une évidence naturelle, mais une conquête historique récente, née au début du XXe siècle. Avant cette période, les journaux étaient ouvertement partisans, servant les intérêts d’un camp politique ou social. L’auteur s’appuie sur des figures comme Walter Lippmann, un grand journaliste américain, pour expliquer que l’objectivité est née d’une prise de conscience : la propagande et la manipulation de l’information peuvent avoir des conséquences dramatiques, notamment pendant la Première Guerre mondiale.

Définition de l’objectivité

L’objectivité journalistique, selon François Cardinal, n’est pas une absence totale de biais, mais une méthode rigoureuse pour limiter leur influence. Elle repose sur l’idée qu’un journaliste doit mettre de côté ses convictions personnelles le temps de son travail, en cherchant la vérité plutôt qu’à convaincre. L’objectivité ne signifie pas être neutre ou sans opinion, mais plutôt appliquer une démarche transparente pour vérifier les faits et les présenter de manière équilibrée. Cardinal souligne que personne ne naît objectif : c’est une discipline qui s’acquiert par la pratique et l’adoption de filtres méthodologiques. Par exemple, un journaliste doit douter de ses propres préjugés et croiser les sources pour éviter les erreurs. Cette approche vise à garantir une réalité partagée, essentielle pour le débat démocratique.

Journalisme d’opinion vs information

François Cardinal distingue deux types de journalisme : l’information et l’opinion. Le journalisme d’information a pour mission de rapporter les faits de manière objective, sans influencer le lecteur sur ce qu’il doit en penser. À l’inverse, le journalisme d’opinion, pratiqué par les chroniqueurs ou les éditorialistes, est subjectif et honnête : il exprime un point de vue personnel. L’auteur rappelle que l’objectivité ne s’applique pas à ce dernier, où l’honnêteté prime sur la neutralité. Par exemple, un critique gastronomique peut exprimer ses préférences sans chercher à être objectif. Cependant, Cardinal met en garde contre la confusion entre ces deux genres, qui menace la crédibilité du journalisme. Une démocratie a besoin d’une base factuelle commune pour débattre des valeurs, et seul le journalisme d’information peut fournir cette base.

Menaces contre l’objectivité

François Cardinal identifie deux sources majeures de menace contre l’objectivité journalistique. D’abord, l’essor de médias comme Fox News en 1996, qui se présente comme plus objectif que les autres tout en promouvant une idéologie de droite radicale. Ensuite, la réaction de certains journalistes de gauche qui, face à ce biais conservateur, estiment que l’objectivité est un outil au service des dominants et qu’il faut adopter une approche militante pour défendre les causes justes, notamment celles des minorités. Par exemple, au Canada, le syndicat de la CBC a demandé que ses journalistes issus de minorités puissent adopter une posture militante pour lutter contre le racisme systémique. Cardinal juge cette réaction problématique, car elle reproduit les mêmes travers que Fox News : elle remplace l’information par l’opinion, au nom d’une prétendue vérité.

Ce que ça pourrait changer

Pour François Cardinal, l’objectivité est indispensable à la démocratie. Sans elle, le journalisme d’information perd sa crédibilité, et la société sombre dans une *foire d’empoigne* où chacun impose sa propre réalité. L’auteur souligne que l’objectivité permet de construire une *réalité partagée*, à partir de laquelle les débats de valeurs peuvent avoir lieu. Sans cette base commune, les conflits politiques et sociaux deviennent ingérables, car ils reposent sur des faits contradictoires. Cardinal rappelle que l’objectivité n’est pas un idéal absolu, mais un outil pour limiter les biais et garantir la transparence. Il insiste sur le fait que les journalistes doivent cultiver leur indépendance en permanence, car l’objectivité est un combat quotidien, et non une qualité innée.

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