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GÉNÉRALISTE

Pour l’objectivité

Source unique·il y a 13 j

L’objectivité journalistique, souvent présentée comme un idéal intangible, est aujourd’hui contestée de l’intérieur même de la profession. François Cardinal, dans son essai La vérité n’a pas de camp, en fait un enjeu démocratique central, rappelant que cette norme, née au début du XXe siècle, reste le seul rempart contre la fragmentation de la réalité et la montée des discours militants au sein du journalisme d’information.

Pourquoi l’objectivité journalistique est-elle considérée comme une « conquête historique récente » ?

L’objectivité comme principe journalistique s’est imposée au début du XXe siècle, en réaction aux manipulations de l’information observées lors de la Première Guerre mondiale. Avant cette période, les médias étaient ouvertement partisans, mais la propagande et les réalités fabriquées ont révélé la nécessité d’un journalisme fondé sur les faits plutôt que sur les opinions, comme le soulignait Walter Lippmann.

Qui sont les principaux acteurs qui remettent en cause l’objectivité, selon François Cardinal ?

Cardinal identifie deux fronts : d’abord, les médias conservateurs comme Fox News (lancé en 1996), qui instrumentalisent l’objectivité pour mieux la détourner au service d’une idéologie ; ensuite, des journalistes de gauche qui, en réaction, adoptent des approches militantes au nom de la défense des minorités, reproduisant ainsi les travers qu’ils dénoncent.

Quelle distinction Cardinal établit-il entre journalisme d’information et journalisme d’opinion ?

Pour Cardinal, le journalisme d’information doit s’astreindre à l’objectivité en mettant de côté ses convictions personnelles pour rapporter les faits, tandis que le journalisme d’opinion (chroniques, critiques, éditoriaux) est légitime à défendre des positions, à condition d’être honnête sur ses biais. L’objectivité n’est donc pas une question de neutralité absolue, mais de méthode et de discipline.

Pourquoi Cardinal considère-t-il que l’abandon de l’objectivité menace la démocratie ?

Sans une réalité partagée, fondée sur des faits vérifiés et indépendants, les débats démocratiques se transforment en confrontations d’opinions où chacun impose sa propre version des faits. Cardinal craint que cette fragmentation ne conduise à une « foire d’empoigne à l’américaine », où la vérité devient une variable soumise aux rapports de force.

Ce que ça pourrait changer

Si l’objectivité journalistique venait à s’effriter définitivement, le risque n’est pas seulement une perte de confiance dans les médias, mais une polarisation accrue de l’espace public, où les faits ne servent plus de socle commun pour les discussions citoyennes. La crédibilité du journalisme d’information dépendra alors de sa capacité à maintenir une distance critique, même face aux causes qui lui semblent justes.

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