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Philosophie

« Combattre les violences sexistes et sexuelles, c’est garantir la place des femmes dans la CGT »

Contretemps · mis à jour il y a 1 h

Raphaëlle Manière est cheminote dans le Jura, où elle travaille dans le secteur de la vente. Elle a un mi-temps syndical.

Origine de la cellule VSS

La cellule de veille contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) de la CGT a été créée en novembre 2016, dans un contexte de progression des débats publics sur les violences faites aux femmes, avant même le mouvement #MeToo. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique féministe interne à la CGT, qui remonte aux années 1990 avec la mise en place d’outils comme la Charte Égalité femme-homme en 2007. La cellule vise à répondre à un problème identifié : les femmes quittent plus rapidement que les hommes les responsabilités syndicales, en partie à cause des violences subies. Elle agit comme un espace intermédiaire entre les victimes et les directions syndicales, permettant de recueillir leur parole et d’interpeller les instances concernées. Quatre femmes, dont Raphaëlle Manière, en ont assuré le pilotage dès l’origine, avant d’être rejointes par des hommes pour refléter les principes de mixité de la CGT.

Types de violences signalées

La cellule VSS de la CGT traite des signalements couvrant l’ensemble des formes de violences sexistes et sexuelles, allant des propos ou insultes sexistes aux agressions sexuelles, en passant par le harcèlement moral à caractère sexiste, le harcèlement sexuel ou encore les viols. Chaque année, entre cinq et dix dossiers formels sont constitués, auxquels s’ajoutent les situations gérées directement par des commissions locales. Les violences conjugales entre militant·es, y compris les viols, sont de plus en plus souvent mentionnées, reflétant une évolution sociétale vers une meilleure reconnaissance du consentement. Ces violences constituent un frein majeur à la présence des femmes dans la CGT, qui compte environ 39 % de femmes parmi ses adhérent·es. Leur visibilité est donc essentielle pour renforcer leur place et attirer de nouvelles militantes.

Fonctionnement des signalements

Lorsqu’une personne saisit la cellule VSS ou une organisation syndicale, un dossier confidentiel est constitué pour recueillir sa parole et qualifier les faits. Ce dossier est ensuite transmis à une commission ad hoc, composée de personnes non impliquées dans la situation et inconnues des protagonistes. Cette commission entend la personne mise en cause et formule un avis politique, sans prendre de décision. La responsabilité finale revient au collectif de direction de l’organisation concernée, ce qui garantit que la cellule ne se substitue pas aux instances de la CGT. Cette procédure, bien que rigoureuse, reste inégalement appliquée selon les structures, en raison de différences de conscience du patriarcat et des violences sexuelles. L’objectif est de protéger les victimes tout en maintenant leur engagement syndical.

Culture de la protection

La culture de la protection désigne une approche qui place la sécurité des victimes au centre des préoccupations, en opposition à une culture de la suspicion où leur parole est immédiatement remise en cause. Cette culture vise à éviter que des militant·es mis en cause ne soient protégé·es au détriment de la reconnaissance des violences. Les dossiers de signalement jouent un rôle pédagogique en identifiant les rapports de domination et en expliquant pourquoi une relation était déséquilibrée. Le patriarcat, présent dans la société comme dans les organisations progressistes, doit être reconnu pour être combattu. La CGT a intégré cette prise de conscience dans ses textes, mais son application reste inégale selon les structures, nécessitant une formation continue et une visibilité accrue des violences.

Cadre commun d’action

Le cadre commun d’action (CCA) est un guide pratique destiné aux directions syndicales pour traiter les signalements de violences sexistes et sexuelles. Il détaille les étapes à suivre : réception du signalement, constitution du dossier, formation de la commission ad hoc, audition de la personne mise en cause, formulation d’un avis politique et prise de décision par la direction. Élaboré entre 2016 et 2025 grâce à huit années d’expérience, le CCA a été adopté par le Comité confédéral national en novembre 2025, puis annexé aux statuts de la CGT lors du congrès de 2026 avec 71 % de votes favorables. Cette inscription engage politiquement les organisations et affirme que la lutte contre les VSS fait partie des principes fondamentaux de la CGT, bien que son application puisse encore varier selon les structures.

Ce que ça pourrait changer

L’annexion du CCA aux statuts de la CGT lors du congrès de 2026 marque une avancée féministe majeure. Cette décision, soutenue par la secrétaire générale de la CGT, la commission Femmes-Mixité et de nombreux syndicats, accélère la prise de conscience interne : il a fallu six ans pour que la *Charte Égalité* passe des textes au statut en 2013, contre quelques mois pour le CCA. Cependant, la CGT restant une organisation fédérale, certaines structures pourraient encore refuser d’appliquer correctement le processus ou adopter une attitude suspicieuse envers les victimes. Malgré ces résistances, cette étape symbolise une volonté croissante de transformer les pratiques syndicales pour garantir une place égale aux femmes.

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