En Corée du Sud, l’IA générative bientôt érigée en service public
L’IA générative peut-elle devenir un service public ? La Corée du Sud s’apprête à répondre à cette question. Le pays va en effet proposer aux citoyens un accès gratuit à des services d’IA, avec la promesse de tokens illimités.
La Corée du Sud prévoit de fournir un chatbot gratuit et illimité à chaque citoyen, intégré comme un service public. Ce chatbot est un programme d'intelligence artificielle capable de dialoguer en langage naturel via une interface texte ou vocale. Il offrira des fonctionnalités classiques comme répondre à des questions, mais aussi des services administratifs : prise de rendez-vous médicaux, affichage d'annonces immobilières pour les déménagements, conseils financiers personnalisés, ou encore accompagnement éducatif pour les parents. Les petites entreprises pourront l'utiliser pour calculer leurs impôts ou vérifier leur éligibilité à des aides publiques. L'accès sera sans limite d'utilisation, ce qui est inhabituel pour des services similaires proposés par des entreprises privées. Cette initiative s'inscrit dans une stratégie nationale pour réduire la dépendance aux modèles étrangers d'IA.
Trois consortiums ont été sélectionnés par le gouvernement sud-coréen pour développer cette IA publique. Ils sont dirigés par des acteurs majeurs du pays : SK Telecom et KT, deux opérateurs télécoms leaders, ainsi que Kakao, un groupe technologique connu pour son application KakaoTalk, qui combine messagerie instantanée, réservation de VTC, gestion bancaire et autres services du quotidien. Ces consortiums devront lancer des bêta-tests dès septembre 2026, avec un déploiement complet avant la fin de l'année. Pour les soutenir, l'État coréen leur fournira jusqu'à 512 puces B200 de NVIDIA, des composants électroniques spécialisés dans le calcul intensif nécessaire à l'IA. De plus, une aide financière sera apportée à partir de 2027 pour couvrir les coûts de service. Chaque consortium développera sa propre application pour accéder au chatbot, tout en l'intégrant à leurs outils existants pour maximiser son adoption.
Cette initiative s'inscrit dans un projet plus large visant à créer une IA souveraine en Corée du Sud, c'est-à-dire une intelligence artificielle développée, contrôlée et hébergée localement pour éviter une dépendance aux États-Unis ou à la Chine. Le président sud-coréen Lee Jae-myung a souligné l'urgence de cette démarche en déclarant que « prendre un jour de retard pourrait signifier prendre une génération entière de retard ». Il a évoqué une « crise urgente » et une « question de vie ou de mort » pour le pays, insistant sur la nécessité de sécuriser rapidement les infrastructures de base de l'IA : les semi-conducteurs (composants électroniques), l'IA physique (capteurs, robots, etc.) et les centres de données (lieux où sont stockées et traitées les données). Pour y parvenir, la Corée du Sud a annoncé un budget de 6,8 milliards de dollars pour 2026, dédié à la construction d'usines de production de mémoire vive (RAM), à la recherche sur les puces et aux grands modèles de langage (LLM, des programmes d'IA spécialisés dans le traitement du langage).
Ce programme s'ajoute à une dynamique mondiale où plusieurs pays cherchent à développer leurs propres capacités en intelligence artificielle pour ne pas dépendre des géants américains ou chinois. La Corée du Sud n'est pas seule dans cette course : d'autres nations investissent massivement dans des infrastructures locales d'IA. Le pays mise sur une approche intégrée, combinant développement technologique, formation de compétences locales et création de partenariats public-privé. L'objectif est double : d'une part, garantir l'autonomie stratégique du pays dans un domaine considéré comme crucial pour l'économie et la sécurité nationale ; d'autre part, offrir à ses citoyens un accès gratuit et universel à des services d'IA performants, réduisant ainsi les inégalités d'accès à ces technologies. Les premiers retours d'expérience, attendus dès fin 2026, permettront d'évaluer l'efficacité de cette stratégie.

