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Pourquoi l’Europe a besoin d’une Bourse unique et transparente

The Conversation France · mis à jour 25 juin

En promouvant un marché pour les marchés financiers, l’Union européenne stimule une forme de concurrence. À qui profite vraiment cette dernière ? Aux grandes entreprises ? Aux PME ? Aux investisseurs privés ? Reste qu’un marché financier unique – la Bourse européenne – aurait des avantages nombreux.

Europe fragmentée

L’Union européenne compte actuellement 295 plateformes de trading, 14 chambres de compensation et 32 dépositaires centraux. Cette fragmentation excessive des marchés financiers est pointée du doigt par des figures comme Christine Lagarde, présidente de la BCE, et Friedrich Merz, chancelier allemand. Selon eux, cette dispersion affaiblit la liquidité des marchés, rend les introductions en Bourse plus difficiles et pousse les entreprises européennes à chercher des capitaux en dehors de l’Europe. La directive MiFIR de 2007 a organisé un système de concurrence entre ces plateformes, censé réduire les coûts pour les investisseurs. Cependant, cette approche a aussi créé des marchés opaques où les grandes institutions financières tirent avantage de leur information privilégiée, au détriment des petits investisseurs et des PME.

Qualité du marché

La qualité d’un marché financier dépend de deux critères principaux : la liquidité et la transparence. Une bourse liquide permet d’acheter ou de vendre rapidement un titre sans faire varier fortement son prix. Une bourse transparente, quant à elle, rend visibles les prix et les volumes échangés, ce qui limite les risques de manipulation. L’article explique que lorsque les ordres sont dispersés sur plusieurs plateformes opaques, les prix deviennent moins représentatifs de la réalité économique. Les investisseurs, en particulier les petits épargnants, sont alors désavantagés face aux grandes institutions mieux informées. Une bourse unique et transparente permettrait de concentrer les ordres et d’améliorer la qualité des prix, facilitant ainsi le financement des entreprises solides.

Exemples historiques

L’histoire financière offre plusieurs exemples illustrant les effets de la fragmentation ou de la concentration des marchés. Aux États-Unis, le déclin du New York Stock Exchange (NYSE) au profit des marchés de gré à gré (OTC) a montré comment la dispersion des ordres peut nuire à la qualité des marchés, surtout pour les investisseurs particuliers. En France, à la fin du XIXᵉ siècle, la concurrence entre la Bourse officielle et la Coulisse, un marché de gré à gré, a dégradé la qualité des échanges jusqu’à ce que des réformes imposent un retour à la transparence. En Italie, entre 1890 et 1913, les bourses de Gênes et Milan ont suivi des trajectoires opposées : Gênes, plus opaque, a connu une crise en 1907, tandis que Milan, plus transparent, a mieux résisté. Ces exemples soulignent que la concurrence ne garantit pas toujours une meilleure qualité de marché.

Avantages d'une bourse unique

Une bourse européenne unique et transparente présenterait plusieurs avantages structurels. Elle renforcerait la compétitivité de l’Europe face aux États-Unis, où les marchés sont déjà très intégrés grâce à un réseau informatique unique, le consolidated tape. En 2024, la capitalisation boursière des places européennes représentait environ 73 % du PIB de l’Union européenne, contre 270 % du PIB aux États-Unis. Une bourse unique permettrait de mieux orienter l’épargne vers les entreprises européennes, réduisant ainsi leur dépendance aux marchés américains. Elle améliorerait aussi la liquidité et la transparence, facilitant le financement des PME et des grands groupes. Enfin, elle limiterait les opportunités de rentes informationnelles pour les grandes institutions financières, favorisant une concurrence plus équitable.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ses avantages, la création d’une bourse européenne unique se heurte à des obstacles politiques majeurs. La rivalité entre Paris et Francfort, notamment entre Euronext (qui regroupe plusieurs places boursières européennes) et Deutsche Börse (opérateur de la Bourse de Francfort), bloque les avancées. Ces tensions reflètent des enjeux de souveraineté financière : qui contrôlerait la formation des prix ? Où seraient localisées les infrastructures stratégiques ? Quel superviseur aurait le dernier mot ? L’histoire montre que des rivalités similaires entre les places de Montréal et Toronto ont freiné le développement du marché financier canadien au XIXᵉ siècle, poussant entreprises et investisseurs à se tourner vers les États-Unis. Pour l’Europe, une telle fragmentation pourrait donc affaiblir sa position face aux autres grandes places financières mondiales.

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