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Géopolitique

Pourquoi l’ensète, cet “arbre contre la faim”

Courrier International · mis à jour il y a 3 j

Appartenant à la même famille que le bananier, l’ensète est une plante très productive et résistante au changement climatique. “CNN” s’interroge sur le paradoxe de ce végétal dont les tiges et racines pourraient contribuer à nourrir des dizaines de millions de personnes, mais dont la culture reste encore circonscrite à certaines régions éthiopiennes..

L'ensète, une plante méconnue

L’ensète (Ensete ventricosum), souvent appelé arbre contre la faim, est une plante apparentée au bananier, appartenant à la famille des musacées. Contrairement au bananier, ses fruits ne sont pas comestibles. En revanche, ses tiges et son corme – une racine souterraine charnue ressemblant à un tubercule géant – sont transformés en aliments de base pour des millions de personnes. Cette plante est particulièrement productive et résistante aux sécheresses et aux maladies, ce qui en fait une culture idéale face au changement climatique. Pourtant, malgré ses qualités, elle reste largement inconnue en dehors de l’Éthiopie, où elle est cultivée depuis des siècles.

Une culture limitée à l'Éthiopie

Bien que l’ensète sauvage pousse naturellement dans plusieurs pays africains, du Soudan au Mozambique, sa culture est presque exclusivement limitée aux régions montagneuses du sud-ouest de l’Éthiopie, entre 1 500 et 3 000 mètres d’altitude. Cette plante contribue à l’alimentation de plus de 20 millions de personnes dans le sud du pays. Des études britanniques et éthiopiennes estiment que sa culture pourrait nourrir jusqu’à 111,5 millions de personnes supplémentaires en Afrique subsaharienne si elle était développée au-delà des frontières éthiopiennes. Pourtant, elle reste un symbole de la biodiversité locale, avec une expansion mondiale très limitée.

Transformation et usages alimentaires

Les parties comestibles de l’ensète sont transformées en un aliment de base appelé kocho, similaire à du pain, obtenu en broyant les tiges et le corme, puis en les mélangeant à de la levure et en les faisant fermenter. Un sous-produit de ce processus, la bulla, peut être transformé en une poudre blanche réhydratable pour préparer des boulettes ou du porridge. Un seul plant d’ensète peut produire suffisamment de nourriture pour subvenir aux besoins d’une famille de cinq personnes pendant un an. Cette plante est donc une ressource alimentaire précieuse, notamment dans les zones où les cultures traditionnelles sont vulnérables aux aléas climatiques.

Résistance climatique et productivité

L’ensète est considérée comme une culture clé face au changement climatique en raison de sa résistance exceptionnelle à la sécheresse et aux maladies. Contrairement à d’autres plantes comme le maïs ou le riz, elle nécessite peu d’eau et peut pousser dans des conditions difficiles. Sa productivité est également remarquable : 60 plants suffisent pour nourrir une famille de cinq personnes pendant un an. Ces caractéristiques en font une candidate idéale pour lutter contre l’insécurité alimentaire en Afrique, où les conditions climatiques deviennent de plus en plus imprévisibles.

Obstacles à son expansion

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi l’ensète n’est pas cultivée à plus grande échelle en dehors de l’Éthiopie. D’abord, le pays réglemente strictement les transferts de matériel végétal pour lutter contre la biopiraterie, c’est-à-dire l’exploitation non autorisée de ressources génétiques locales. Ensuite, la récolte et la transformation de l’ensète sont des processus longs et complexes, reposant sur des savoir-faire traditionnels transmis depuis des générations. Enfin, la mécanisation de ces étapes n’est pas encore généralisée, ce qui rend la culture moins attractive pour les agriculteurs modernes.

Ce que ça pourrait changer

Le savoir-faire lié à la culture et à la transformation de l’ensète est aujourd’hui menacé. Les agriculteurs éthiopiens pourraient délaisser cette plante au profit de cultures plus rentables, comme le café ou les céréales, en raison des pressions économiques. Pourtant, la promotion de l’ensète pourrait s’avérer cruciale pour faire face à l’insécurité alimentaire et aux conséquences du changement climatique en Afrique. Des chercheurs soulignent l’urgence de préserver cette plante et les techniques traditionnelles qui l’accompagnent, avant qu’elles ne disparaissent.

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