Pourquoi des entreprises peinent-elles à recruter alors que des personnes cherchent un emploi ? Quelles réponses apporter ?
L’ESSENTIEL D’un côté des emplois non pourvus ; de l’autre des demandeurs d’emploi. Comment cela est-il possible ? Loin des solutions simplistes, faire correspondre offre et demande est un travail qui doit se faire avec précision, car une offre, ce n’est pas seulement un métier.
En 2026, la France fait face à un paradoxe : alors que le taux de chômage atteint 8,3 % au deuxième trimestre, 43,8 % des entreprises déclarent rencontrer des difficultés à recruter. Pourtant, 2,28 millions de postes restent à pourvoir pour cette même année. Ce phénomène s’explique par un décalage entre les compétences disponibles et les besoins des employeurs, mais aussi par des obstacles concrets comme la mobilité, l’accès au logement, la garde d’enfants, l’accès au numérique ou encore la confiance en soi des demandeurs d’emploi. Les données proviennent de l’Insee et de France Travail, qui soulignent que ce n’est pas seulement une question de formation ou d’expérience, mais aussi de conditions de vie et de politiques publiques.
L’employabilité ne se limite pas à la possession de compétences ou à l’expérience professionnelle. Elle dépend aussi de facteurs externes comme l’accès à un véhicule, une solution de garde d’enfants, ou encore la confiance en soi. Une personne peut avoir le profil idéal pour un poste, mais être écartée en raison de contraintes logistiques ou sociales. À l’inverse, une entreprise peut peiner à recruter non pas par manque de candidats, mais parce que les conditions de travail (horaires, rémunération, image du métier) ne correspondent pas aux attentes. Les chercheurs introduisent le concept d’employeurabilité, qui désigne la capacité des entreprises à créer des emplois accessibles, à recruter différemment et à fidéliser leurs salariés. Ce concept est particulièrement important pour les petites entreprises, qui manquent souvent de ressources pour adapter leurs processus de recrutement.
Le lieu de résidence influence fortement les opportunités d’emploi. Dans les zones rurales ou périurbaines, l’absence de transports collectifs peut rendre inaccessible un emploi situé à quelques kilomètres, surtout si le salaire ne couvre pas les frais de déplacement. Les besoins des entreprises varient également selon les territoires : un bassin d’emploi peut manquer de main-d’œuvre dans la santé, tandis qu’un autre aura des difficultés dans le BTP. Les politiques nationales, comme celles de France Travail, fournissent des droits et des financements, mais leur efficacité dépend de leur adaptation aux réalités locales. Les acteurs locaux (entreprises, associations, collectivités) doivent donc collaborer pour identifier les besoins spécifiques et proposer des solutions sur mesure.
Un écosystème territorial de l’employabilité désigne l’ensemble des acteurs interdépendants qui interviennent localement pour faciliter l’accès à l’emploi : entreprises, organismes de formation, associations, services publics, collectivités et demandeurs d’emploi. Leur coordination est essentielle, car ces acteurs peuvent avoir des priorités divergentes ou des difficultés à travailler ensemble. Par exemple, une cellule emploi intercommunale peut jouer le rôle de chef d’orchestre en identifiant les besoins, orientant les demandeurs vers les bons partenaires et organisant des rencontres avec les entreprises. Dans le bassin de Caen, cette coordination a permis d’articuler accompagnement professionnel, ateliers de mobilité et formations. À l’inverse, une fragmentation des initiatives peut rendre les solutions inefficaces.
La principale difficulté réside dans la coordination des acteurs locaux. Bien que de nombreuses initiatives existent (associations, organismes de formation, collectivités), elles sont souvent fragmentées. Les tensions peuvent survenir en raison de la concurrence pour les financements, des rapports de pouvoir entre grandes institutions et petites associations, ou encore des divergences de priorités. Une politique territoriale de l’employabilité nécessite un diagnostic partagé, un financement explicite de la coordination et une gouvernance inclusive. Les acteurs doivent dialoguer autour d’un objectif commun pour éviter que les solutions ne restent isolées et inefficaces. Le rôle des intermédiaires territoriaux est crucial pour éviter que les maillons de la chaîne ne se désagrègent.
Pour résoudre le paradoxe emploi-chômage, il faut dépasser les politiques centrées uniquement sur les individus ou uniquement sur les territoires. Les premières risquent d’ignorer les contraintes locales, tandis que les secondes peuvent négliger les parcours individuels. Une approche prometteuse est celle des *personnes dans les territoires*, qui combine un accompagnement personnalisé avec des actions sur les conditions locales pour rendre l’emploi accessible et durable. Cette méthode vise à agir sur tous les maillons de la chaîne : formation, mobilité, accès au numérique, conditions de travail, et coordination des acteurs. Tant que les causes seront traitées séparément, les réponses resteront partielles et inefficaces.

