NapseflowNapseflow
Environnement

« On vit avec, on n'a pas le choix » : les canicules augmentent les risques d'accident industriel

Reporterre · mis à jour il y a 20 j

Le 26 juin, une importante coupure de courant causée par la canicule a touché la raffinerie de Gonfreville-l'Orcher près du Havre. Un épisode révélateur de la vulnérabilité des industries au changement climatique.

Canicules et risques industriels

Les vagues de chaleur, comme celles qui frappent régulièrement la France et l’Europe, augmentent significativement les risques d’accidents dans les sites industriels. Selon une étude récente, les températures extrêmes peuvent fragiliser les infrastructures, perturber les systèmes de refroidissement et accélérer les réactions chimiques dangereuses. Par exemple, en 2022, la France a connu 33 jours de vagues de chaleur, un record depuis 1947, et ces épisodes sont appelés à se multiplier avec le réchauffement climatique. Les industries concernées incluent notamment les raffineries, les centrales nucléaires et les usines chimiques, où la chaleur peut entraîner des surchauffes, des fuites ou des explosions. Les autorités reconnaissent que ces risques sont sous-estimés, car les normes de sécurité actuelles ne prennent pas suffisamment en compte l’impact des canicules sur les équipements industriels.

Exemples concrets d'accidents

Plusieurs accidents industriels récents illustrent cette vulnérabilité. En 2021, une fuite de gaz dans une usine de produits chimiques en Allemagne a été attribuée à une surchauffe des équipements due à des températures élevées. En France, en 2019, un incendie dans une raffinerie de TotalEnergies à Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime) a été lié à une défaillance des systèmes de refroidissement, exacerbée par la canicule. Ces incidents soulèvent des questions sur la capacité des industriels à anticiper ces risques. Les rapports d’experts soulignent que les procédures d’urgence actuelles ne sont pas toujours adaptées à des températures dépassant 40°C, comme celles observées lors des vagues de chaleur de 2019 et 2022 en France.

Rôle des normes et réglementations

Les normes de sécurité industrielles, comme la directive européenne Seveso III, imposent aux sites à haut risque de mettre en place des mesures pour prévenir les accidents. Cependant, ces réglementations ne prévoient pas explicitement de scénarios liés aux canicules, car elles se concentrent sur des risques comme les inondations ou les séismes. En France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et les préfets peuvent imposer des restrictions d’activité aux centrales nucléaires lors des vagues de chaleur, comme la baisse de la production pour éviter une surchauffe des réacteurs. Pourtant, ces adaptations restent ponctuelles et ne couvrent pas l’ensemble des industries exposées. Les associations environnementales, comme Greenpeace ou Reporterre, dénoncent un manque de prise en compte systématique de ce risque climatique dans les audits de sécurité.

Conséquences environnementales et sanitaires

Les accidents industriels liés aux canicules ont des répercussions directes sur l’environnement et la santé publique. Une fuite de produits chimiques ou une explosion dans une raffinerie peut contaminer les sols, les nappes phréatiques ou l’air, exposant les populations locales à des polluants cancérigènes ou toxiques. Par exemple, lors de l’incendie de Gonfreville-l’Orcher en 2019, un nuage de fumée toxique a forcé l’évacuation de plusieurs centaines de riverains et a nécessité l’intervention des services d’urgence. Les études épidémiologiques montrent que les populations vivant à proximité des sites industriels sont déjà plus exposées aux maladies respiratoires et cardiovasculaires, et ces risques s’aggravent avec la multiplication des accidents liés à la chaleur.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’augmentation des canicules, les industriels sont appelés à revoir leurs protocoles de sécurité et leurs infrastructures. Certaines entreprises, comme EDF pour ses centrales nucléaires, ont commencé à adapter leurs procédures en limitant la production lors des pics de chaleur ou en renforçant les systèmes de refroidissement. Cependant, ces mesures restent insuffisantes selon les experts, qui pointent un manque de moyens financiers et techniques pour une adaptation à grande échelle. Les industriels arguent que les coûts de ces adaptations sont élevés et que les normes actuelles ne les y obligent pas explicitement. Les débats portent notamment sur la nécessité d’intégrer systématiquement les risques climatiques dans les audits de sécurité, comme le demande la loi *Climat et Résilience* de 2021 en France.

Sujets complémentaires