Le combat avec l'ange
En comparant Federer aux plus grands peintres de la Renaissance, F. Lacouture entreprend de montrer ce que ce champion a de plus que les autres : une valeur esthétique irréductible à la performance.
L’auteur, Fabien Lacouture, défend l’idée que Roger Federer n’est pas seulement un champion de tennis, mais un véritable artiste. Il le compare aux grands peintres de la Renaissance, comme Léonard de Vinci, en soulignant que son art repose sur une cosa mentale (une intelligence du geste) plutôt que sur la seule performance physique. Federer incarne une forme de sprezzatura, un terme italien désignant l’art de cacher l’effort pour donner une impression de facilité. Son style fluide et son efficacité maximale en font un body artist (artiste corporel) selon Lacouture, bien qu’il ne se revendique pas comme tel. L’auteur insiste sur le fait que Federer dépasse le simple statut de sportif pour entrer dans celui d’artiste, grâce à la maîtrise technique et à l’élégance de ses coups, notamment son coup droit, qualifié de chef-d’œuvre par John McEnroe.
L’article explore la frontière entre le sport et l’art, en prenant Federer comme exemple. Le tennis, traditionnellement vu comme une compétition où seule la victoire compte, peut aussi devenir un spectacle esthétique. Lacouture souligne que le public admire non seulement les résultats, mais aussi la beauté des gestes, comme la fluidité des mouvements ou l’harmonie des coups. Cette dimension artistique se rapproche de la danse, bien que le tennis ait une finalité compétitive. L’auteur explique que Federer incarne cette dualité : il allie performance et grâce, transformant chaque match en une œuvre où l’efficacité se marie à l’élégance. Cette approche contraste avec une vision purement darwinienne du sport, où seul le résultat prime.
L’ouvrage met en lumière le rôle de Federer comme héritier d’une tradition tennistique remontant à des légendes comme Rod Laver, Pete Sampras ou Boris Becker. Contrairement à une révolution technique, Federer a perfectionné et synthétisé les styles de ses prédécesseurs. Il a notamment combiné le service-volée de Sampras avec la montée au filet d’Edberg, tout en adaptant son jeu aux évolutions du tennis moderne. Cette polyvalence en fait un joueur à la fois classique et moderne, capable de rappeler les grands noms du passé tout en servant de référence aux futures générations. Son revers à une main, encore compétitif, symbolise cette synthèse entre héritage et innovation.
L’auteur analyse comment Federer est devenu une icône mondiale, bien au-delà des courts de tennis. Grâce à la médiatisation du sport, il a accédé à une dimension universelle, où le champion incarne à la fois l’excellence et l’humanité. Lacouture compare son statut à celui d’une star de cinéma, avec une mise en scène émotionnelle renforcée par les gros plans télévisés. Ses larmes après une défaite, par exemple, évoquent une iconographie religieuse, comme celle du Christ en croix. Cette transformation en icône repose sur une stratégie médiatique soignée, où Federer a su cultiver une image de neutralité et de réussite sans excès, tout en capitalisant sur son talent pour accumuler une fortune estimée à plusieurs centaines de millions d’euros.
L’un des aspects centraux de l’analyse est la notion de grâce associée à Federer. Lacouture explique que son élégance n’est pas seulement le fruit d’un travail acharné, mais aussi d’un don naturel. Cette grâce divine se manifeste particulièrement lors de ses entraînements, où il recherche le geste parfait, presque sans effort apparent. Son utilisation d’une raquette lourde, inhabituelle pour un joueur moderne, illustre cette quête de précision et d’efficacité. L’auteur souligne que d’autres joueurs, comme Grigor Dimitrov ou Richard Gasquet, possèdent un style admirable, mais Federer se distingue par sa capacité à allier beauté et victoire, même si le tennis moderne tend vers une régularité technique au détriment du spectacle.
L’article aborde la dimension quasi religieuse du sport de haut niveau, en prenant Federer comme exemple. Le tennis, transformé en spectacle médiatisé, devient une grand-messe télévisuelle où le champion incarne un héros accessible au public. Ses émotions, comme ses larmes après une défaite, sont amplifiées par les caméras, créant une identification forte entre le spectateur et le sportif. Lacouture évoque une mise en scène où la défaite prend une dimension tragique, proche de celle d’un personnage de fiction. Cette sacralisation du sport, où la performance physique rencontre l’émotion spirituelle, soulève la question de savoir si le tennis reste un jeu ou s’il devient un culte moderne.
Bien que Federer ait remporté 20 tournois du Grand Chelem, son palmarès a été dépassé par ceux de Rafael Nadal (22) et Novak Djokovic (24). Pourtant, Lacouture insiste sur le fait que sa grandeur réside dans sa capacité à faire du tennis un spectacle esthétique et intellectuel. Contrairement à une approche purement compétitive, Federer a privilégié le style et l’émotion, rappelant que le tennis peut être un jeu. L’auteur souligne que sa retraite, quatre ans après sa carrière, a déjà ancré son statut de légende, bien que le temps reste le juge ultime pour confirmer cette place dans l’Histoire.

