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Géopolitique

Ce que révèle la mise en scène des funérailles du Khamenei

Le Grand Continent · mis à jour 6 juil.

Pourquoi le régime iranien organise-t-il les plus grandes funérailles du XXIᵉ siècle ? L’article Ce que révèle la mise en scène des funérailles du Khamenei est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Funérailles historiques

Les funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême iranien tué le 28 février 2026 par les États-Unis, ont mobilisé entre 15 et 20 millions de personnes à Téhéran, un chiffre supérieur aux 10,2 millions de participants aux funérailles de son prédécesseur, Rouhollah Khomeyni, en 1989. Ces cérémonies s’étalent sur six jours dans cinq villes d’Iran et d’Irak : Téhéran, Qom, Najaf, Kerbala et Machhad. Le régime a instauré trois jours fériés, fermé les commerces et organisé le transport gratuit de 2,2 millions de pèlerins en métro dès le premier jour. Plus de 400 tentes du Croissant-Rouge ont été installées pour accueillir les participants. Cette mobilisation massive vise à montrer la résilience du régime face aux tensions internationales, notamment après l’assassinat de Khamenei.

Scénographie politique

Les funérailles sont conçues comme une mise en scène politique pour renforcer le pouvoir du régime. Le cercueil de Khamenei est exposé sous un drapeau rouge portant l’inscription Ya Hussein, référence au martyre de l’imam Hussein, figure centrale du chiisme. Le drapeau iranien et le turban noir du Guide, signe de sa descendance du Prophète, sont également visibles. Des portraits géants de Khamenei ornent les murs, rappelant le culte des martyrs développé pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Des slogans comme Mort à l’Amérique ou Que la malédiction de Dieu s’abatte sur Israël sont scandés, tandis que des banderoles dénoncent les États-Unis, accusés d’être responsables de la mort de Khamenei. Ces éléments visuels s’inscrivent dans une théologie politique du martyr, où la mort de Khamenei est présentée comme un sacrifice pour la cause iranienne.

Symboles et rituels

Les funérailles intègrent des symboles et rituels chiites pour renforcer l’émotion collective. Les drapeaux rouges brandis par la foule évoquent la vengeance et la justice, en référence à l’étendard hissé après l’assassinat du général Qassem Soleimani en 2020. Les hommes se frappent la poitrine (siné-zâni), un rituel traditionnel lors d’Achoura, commémoration du martyre de l’imam Hussein. Les cercueils de Khamenei et de ses proches (sa fille, son gendre, sa belle-fille et sa petite-fille de 14 mois) sont exposés ensemble, symbolisant l’innocence sacrifiée. Ces éléments visent à créer une fusion entre le Guide et la communauté des croyants, comme lors des funérailles de Khomeyni en 1989, où la foule avait tenté de toucher son corps.

Absences notables

Deux absences marquent ces funérailles : celle du peuple des grandes villes, durement réprimé ces derniers mois, et celle de Mojtaba Khamenei, fils et potentiel successeur du défunt Guide. Officiellement blessé lors des bombardements du 28 février, il n’est jamais apparu en public et ne s’exprime que par des communiqués. Son absence contraste avec la présence de trois fils de Khamenei (Massoud, Mostafa et Meysam) lors de la grande prière du dimanche. Cette situation interroge sur la légitimité du nouveau Guide et sur les tensions internes au régime, alors que les négociations avec les États-Unis se poursuivent.

Négociations et tensions

Les funérailles coïncident avec des négociations indirectes entre l’Iran et les États-Unis, médiatisées par le Qatar et le Pakistan. Les discussions portent sur la sécurisation du détroit d’Ormuz et la mise en œuvre d’un cessez-le-feu, après un accord-cadre signé le mois précédent. Téhéran a averti qu’une attaque pendant les cérémonies entraînerait une riposte sévère, tandis que son ambassadeur à Pékin évoquait des frais imposés aux navires transitant par Ormuz. Donald Trump a commenté cette pause en déclarant : Nous leur avons donné une semaine de congé pour des funérailles, parce que nous sommes gentils. Les images de ces funérailles pourraient soit renforcer l’hostilité aux négociations au nom de la vengeance, soit servir d’alibi pour une paix temporaire.

Ce que ça pourrait changer

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et négociateur en chef avec les États-Unis, joue un rôle clé lors de ces funérailles. Il a appelé à *venger* la mort de Khamenei par une forte participation aux cérémonies, transformant cette vengeance en une démonstration de force démographique plutôt qu’en une riposte militaire. Ghalibaf, mis en avant dans la liturgie des funérailles, incarne l’ambiguïté stratégique du régime : il cherche à concilier le soutien populaire à la vengeance avec la nécessité de négocier avec Washington. Son rôle reflète les tensions internes entre les partisans d’une ligne dure et ceux favorables à un rapprochement avec les États-Unis.

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