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Géopolitique

L’inflation vertigineuse du nombre de satellites en orbite autour de la Terre

Courrier International · mis à jour il y a 11 j

Autrefois réservé aux superpuissances, l’espace est désormais accessible aux acteurs privés. Ils y envoient des milliers de satellites pour fournir Internet partout sur la planète..

Course à l'espace

La course à l’espace a débuté après la Seconde Guerre mondiale, principalement entre les superpuissances. En 1957, l’Union soviétique lance Spoutnik, le premier satellite artificiel, suivi en 1958 par les États-Unis avec leur propre satellite, Explorer 1. Dans les années 1960, d’autres pays comme le Canada, le Royaume-Uni, l’Italie et la France rejoignent cette aventure spatiale avec l’aide des États-Unis. Jusqu’aux années 1970, les lancements restent rares et réservés à des satellites militaires ou d’observation. Les engins sont alors de grande taille et placés en orbite géosynchrone, à 35 786 kilomètres d’altitude. Cette orbite permet aux satellites de tourner à la même vitesse que la Terre, donnant l’impression qu’ils sont fixes dans le ciel, ce qui facilite les communications avec une antenne au sol.

Miniaturisation et acteurs privés

À partir des années 1970, de plus en plus de pays accèdent à l’espace, mais le secteur reste limité. Tout change avec la miniaturisation des satellites et l’arrivée d’acteurs privés. Depuis 2020, le nombre de petits satellites de télécommunication explose, passant d’un rythme régulier à une croissance exponentielle. Ces satellites, bien plus légers et moins coûteux que leurs prédécesseurs, sont placés en orbite basse, à environ 500 kilomètres de la Terre. Leur faible altitude réduit la latence du signal, rendant l’Internet par satellite aussi performant que le câble. Cependant, leur vitesse de déplacement impose une organisation en constellations : des réseaux de satellites qui communiquent entre eux pour assurer une couverture continue, même lorsqu’un satellite s’éloigne de la zone couverte.

Starlink et la domination de SpaceX

Parmi les acteurs privés, l’entreprise américaine SpaceX, fondée par Elon Musk, domine largement le marché avec sa constellation Starlink. Depuis 2019, SpaceX a déjà lancé près de 12 000 petits satellites, dont 8 651 sont opérationnels. À titre de comparaison, la constellation OneWeb de l’opérateur européen Eutelsat ne compte que 660 satellites lancés, dont 640 opérationnels. SpaceX prévoit d’en ajouter plus de 34 000 dans les années à venir. Cette domination soulève des questions sur la saturation des orbites basses et l’accumulation des débris spatiaux. André Füzfa, professeur à l’université de Namur, souligne que chaque lancement augmente le risque de collisions, pouvant déclencher une réaction en chaîne de débris capables de paralyser des infrastructures critiques comme le GPS ou les services d’urgence.

Risques des constellations de satellites

L’augmentation rapide du nombre de satellites en orbite basse pose plusieurs défis majeurs. D’abord, la saturation des orbites rend les collisions plus probables. Un choc entre deux satellites pourrait générer des milliers de débris, formant un nuage dangereux pour les autres engins spatiaux. Ce phénomène, appelé syndrome de Kessler, pourrait rendre certaines orbites inutilisables pendant des décennies. Ensuite, les débris pourraient endommager des infrastructures essentielles comme les satellites de télécommunication, de navigation (GPS) ou de prévision météorologique. La Chine a d’ailleurs alerté l’ONU en 2021 après des incidents impliquant des satellites Starlink de SpaceX. Enfin, la multiplication des lancements augmente la pollution spatiale, compliquant les missions futures et les observations astronomiques.

Ce que ça pourrait changer

Les constellations de petits satellites offrent des avantages majeurs pour les télécommunications. Placés à 500 kilomètres d’altitude, ils réduisent la latence du signal à quelques millisecondes, contre plusieurs secondes pour les satellites géosynchrones. Cela permet un Internet haut débit accessible même dans les zones reculées, sans infrastructure terrestre. Économiquement, ce marché est très lucratif : SpaceX investit massivement dans *Starlink*, tandis que des entreprises comme *OneWeb* ou des acteurs chinois tentent de se positionner. Cependant, les coûts environnementaux et les risques techniques pourraient freiner cette expansion. Les régulateurs internationaux, comme l’ONU, commencent à s’emparer du sujet pour encadrer cette nouvelle ère spatiale.

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