Baleines, mangroves
L’ESSENTIEL Les écosystèmes marins – des mangroves aux baleines, en passant par le phytoplancton – contiennent du carbone et le font circuler dans l’océan. Certains en concluent, un peu rapidement, que protéger la biodiversité marine permet de limiter le changement climatique.
Les écosystèmes marins, comme les mangroves, les baleines ou le phytoplancton, contiennent du carbone et participent à sa circulation dans l'océan. Par exemple, les mangroves stockent du CO₂ dans leur biomasse et leurs sols, tandis que le phytoplancton absorbe du CO₂ par photosynthèse et contribue à une pompe biologique qui transporte ce carbone vers les profondeurs. Cependant, ces écosystèmes ne permettent pas de retirer significativement l'excédent de CO₂ produit par les activités humaines. Leur protection est essentielle pour la biodiversité, mais leur rôle dans la lutte contre le changement climatique est souvent surévalué. Les scientifiques soulignent que ces arguments, bien que séduisants, reposent sur une confusion entre le cycle naturel du carbone et la capacité de l'océan à absorber le CO₂ supplémentaire émis par l'homme.
L'océan contient environ 37 570 milliards de tonnes (gigatonnes) de carbone, dont 99,98 % se trouvent sous forme non vivante, principalement du carbone inorganique dissous dans l'eau de mer. Les organismes vivants, comme le phytoplancton, les poissons ou les baleines, ne représentent qu'une infime partie de ce stock : environ 5,9 gigatonnes pour l'ensemble de la biomasse marine et 3,3 gigatonnes pour les écosystèmes côtiers de carbone bleu (mangroves, marais salants, herbiers marins, macroalgues). La biomasse des mangroves, par exemple, stocke 2,6 gigatonnes de carbone. Ces chiffres illustrent que le vivant joue un rôle majeur dans la répartition du carbone, mais que son impact global reste limité comparé aux immenses réserves de carbone non vivant dans l'océan.
Depuis le début de l'ère industrielle, l'océan absorbe une partie du CO₂ supplémentaire émis par les activités humaines grâce à un puits de carbone océanique. Ce mécanisme repose principalement sur des processus physico-chimiques : l'augmentation du CO₂ dans l'atmosphère accroît son transfert vers l'océan, où il est stocké sous forme dissoute et transporté vers les profondeurs par la circulation océanique. Ce puits capte environ 2,7 gigatonnes de carbone par an, dont 2,5 gigatonnes dans l'océan ouvert et 0,2 gigatonne dans les eaux côtières. Contrairement aux écosystèmes terrestres, l'augmentation du CO₂ dissous dans l'océan ne stimule pas significativement la photosynthèse du phytoplancton, car sa croissance est limitée par d'autres facteurs comme la lumière ou la disponibilité en nutriments (azote, phosphore, fer).
La dégradation des écosystèmes marins, comme les mangroves ou les populations de baleines, a réduit leur capacité à stocker du carbone. Par exemple, la biomasse des écosystèmes de carbone bleu a perdu environ 0,45 gigatonne de carbone, dont 0,25 gigatonne pour les mangroves, soit une baisse d'environ 10 %. Les baleines, dont la biomasse ne contient aujourd'hui que 0,004 gigatonne de carbone, ont vu leur population diminuer de 0,016 gigatonne en raison de la chasse. Cependant, ces pertes sont négligeables comparées aux 167 gigatonnes de carbone d'origine humaine accumulées dans l'océan depuis l'ère industrielle. Restaurer ces écosystèmes ne permettrait d'absorber qu'environ 1 % des émissions actuelles de CO₂, soit un effet très limité sur le puits de carbone océanique.
Protéger les écosystèmes marins comme les mangroves ou les baleines est crucial pour préserver la biodiversité, soutenir les activités économiques et protéger les littoraux contre l'érosion. Ces écosystèmes jouent également un rôle dans la résistance au changement climatique, mais leur protection ne doit pas être présentée comme une solution majeure pour capter le CO₂. Les scientifiques mettent en garde contre cette approche, qui risque de brouiller deux impératifs distincts : réduire les émissions de CO₂ et préserver la biodiversité marine. La lutte contre le changement climatique repose avant tout sur la réduction des émissions, tandis que la protection des océans est une nécessité en soi, indépendamment de son impact sur le cycle du carbone.

