COP17 en Mongolie : la diplomatie de la terre à l’épreuve de la crise du multilatéralisme environnemental
L’Amazonie recouvre l’un des principaux foyers de déforestation de la planète. En perturbant le cycle de l’eau et en augmentant les risques de catastrophes naturelles, la destruction des forêts contribue largement au phénomène de désertification.
La COP17 est la 17ᵉ Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies de lutte contre la désertification, qui se tient à Oulan-Bator, en Mongolie, du 17 au 28 août 2026. Elle réunit près de 200 États, des scientifiques, des ONG, des entreprises et des populations locales autour d’un enjeu majeur : la dégradation des sols et des terres. Son slogan, «Restaurer la terre, restaurer l’espoir», souligne l’objectif de transformer les engagements internationaux en actions concrètes. La Mongolie, pays fortement touché par la désertification, a été choisie pour accueillir cet événement afin de mettre en lumière sa vulnérabilité et de promouvoir une diplomatie environnementale active. Cette COP intervient dans un contexte de crise du multilatéralisme environnemental, où les tensions géopolitiques et le manque de financements freinent les avancées.
La désertification désigne la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et sub-humides, causée par des facteurs climatiques et humains comme l’agriculture intensive, la déforestation ou la surexploitation des pâturages. Aujourd’hui, 40 % des terres émergées de la planète sont dégradées, affectant près de la moitié de l’humanité. Entre 2015 et 2019, 100 millions d’hectares de terres productives se sont dégradés chaque année. Les sécheresses, qui touchent 1,8 milliard de personnes, représentent des pertes économiques annuelles de plus de 300 milliards de dollars. Les conséquences incluent des baisses de rendements agricoles, des migrations forcées et des tensions pour l’accès aux ressources. La Mongolie, avec 77 % de son territoire dégradé, illustre ces défis, notamment à travers les dzuds (épisodes hivernaux extrêmes) qui déciment les troupeaux.
La lutte contre la désertification s’appuie sur des outils internationaux créés depuis les années 1990. La Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), adoptée en 1994, est le seul traité juridiquement contraignant dédié à la gestion durable des terres. Elle travaille en lien avec d’autres conventions comme celle sur le climat ou la biodiversité. En 2015, l’Objectif de développement durable 15.3 a fixé l’ambition d’atteindre une neutralité en matière de dégradation des terres d’ici 2030, avec 129 pays ayant défini des objectifs nationaux volontaires. Des programmes comme la Grande Muraille verte africaine, lancée en 2007, visent à restaurer 100 millions d’hectares au Sahel, mais seulement 1,66 million d’hectares ont été restaurés à ce jour. Malgré ces initiatives, les résultats restent limités par un manque de financements et de volonté politique.
Le principal obstacle à la lutte contre la désertification est le déficit de financements. Les besoins sont estimés entre 2 100 et 2 600 milliards de dollars pour restaurer les terres et renforcer la résilience. Pourtant, seuls 12 milliards de dollars ont été mobilisés dans le cadre du Partenariat mondial pour la résilience à la sécheresse annoncé lors de la COP16 en 2024. Les financements privés ne représentent que 6 % des besoins, et leur utilisation doit être encadrée pour éviter les projets verts superficiels. L’enjeu est de mobiliser davantage le secteur privé tout en garantissant que les fonds bénéficient aux populations locales et non uniquement aux investisseurs. La Mongolie, par exemple, cherche à attirer des investissements étrangers pour moderniser son pastoralisme et restaurer ses sols.
La Mongolie, avec 77 % de son territoire dégradé, est un exemple frappant des défis liés à la désertification. 70 % de son territoire est couvert de pâturages, essentiels pour une grande partie de la population rurale. Les dzuds (hivers extrêmes) et les tempêtes de poussière, trois fois plus fréquentes depuis les années 1960, menacent directement le modèle pastoral. Pour y répondre, la Mongolie a obtenu de l’ONU la proclamation de 2026 comme « année internationale des parcours et des pasteurs ». Ce pays enclavé entre la Russie et la Chine mise sur une diplomatie du troisième voisin pour diversifier ses partenariats avec l’Union européenne, les États-Unis ou le Japon. Accueillir la COP17 lui permet de renforcer son influence internationale et d’attirer des technologies vertes.
La COP17 se déroule dans un contexte géopolitique tendu, marqué par des conflits comme la guerre en Ukraine, les tensions sino-américaines et le recul de certains engagements environnementaux. Le multilatéralisme environnemental est fragilisé par des désaccords sur la souveraineté des États, qui refusent de déléguer leurs politiques agricoles ou foncières. Un clivage Nord-Sud persiste : les pays du Sud demandent des financements et des transferts de technologies, tandis que les pays donateurs insistent sur la gouvernance et la mobilisation du secteur privé. La COP17 ne peut résoudre seule cette crise, mais elle pourrait relancer la dynamique collective en montrant que la restauration des terres est un levier pour l’alimentation, l’eau, l’emploi et la sécurité.
La COP17 ne vise pas à résoudre tous les problèmes, mais à relancer l’engagement collectif. Ses priorités incluent la définition de systèmes d’alerte précoce, l’évaluation des risques, la planification nationale et la gestion intégrée de l’eau. L’enjeu central reste la mobilisation de financements suffisants et leur transformation en actions concrètes. Après trente ans de conventions et de promesses, le monde dispose des connaissances, mais manque de moyens pour passer à l’échelle. La Mongolie, en tant que pays hôte, pourrait servir d’exemple en combinant restauration des terres, développement rural et diplomatie internationale. La réussite de la COP dépendra donc de la capacité des États à dépasser leurs divisions et à investir massivement dans la résilience des sols.

