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Géopolitique

À la frontière entre les deux Corées, un réservoir de biodiversité menacé ?

Courrier International · mis à jour il y a 6 j

Alors que le gouvernement sud-coréen veut lever les restrictions de construction aux abords de la zone démilitarisée (DMZ), des experts et des locaux s’inquiètent des retombées sur une faune et une flore jusque-là préservées de l’intervention humaine..

La DMZ, un sanctuaire

La Zone démilitarisée (DMZ) est une bande de terre de 248 kilomètres de long et 4 kilomètres de large, séparant la Corée du Sud de la Corée du Nord depuis 1953. Elle résulte de l’armistice mettant fin à la guerre de Corée. Pendant près de 70 ans, cette zone a été presque entièrement inaccessible à l’homme en raison des tensions militaires entre les deux pays. Ce quasi-isolement en a fait un refuge naturel exceptionnel. Des espèces animales et végétales menacées, une faune aquatique riche et des oiseaux migrateurs y trouvent un habitat préservé. Par exemple, la zone humide de Yongyangbo, dans la province de Gangwon, abrite des écosystèmes uniques, comme la seule zone humide protégée de la DMZ. Cette situation a permis à la biodiversité de s’épanouir sans perturbation humaine majeure.

Projet de développement

Le gouvernement sud-coréen prévoit de modifier le statut de 450 km² de la DMZ, passant de zone de protection restreinte à zone de protection contrôlée. Actuellement, dans les zones restreintes, les constructions sont possibles après accord militaire, tandis que dans les zones contrôlées, elles sont généralement interdites. Le ministère de la Défense sud-coréen souhaite assouplir ces règles à partir de 2027 pour favoriser le développement économique des régions frontalières. Cette décision s’inscrit dans une volonté de réduire progressivement la ligne de contrôle civil, passée de 20 km à 8 km de largeur depuis 1981. L’objectif affiché est de créer des emplois et de dynamiser l’économie locale, notamment via des projets d’énergies renouvelables comme des parcs solaires ou éoliens.

Risques pour la biodiversité

Les experts et les habitants s’inquiètent des conséquences de ces changements sur la biodiversité de la DMZ. Depuis mai 2023, l’accès à certaines zones comme Yongyangbo est autorisé, ce qui a déjà entraîné une augmentation du nombre de visiteurs. Cette fréquentation accrue favorise l’apparition d’espèces invasives, comme des plantes que l’on ne voyait pas auparavant. Kim Seung-ho, directeur de l’Institut de recherche écologique de la DMZ, souligne que les aménagements passés ont dégradé les paysages et les conditions de vie, poussant les habitants à quitter la région. Les scientifiques alertent sur le risque de voir disparaître ce réservoir de biodiversité si la pression humaine s’intensifie.

Zone tampon nécessaire

Les défenseurs de l’environnement insistent sur l’importance de préserver une zone tampon autour de la DMZ. Une zone protégée ne peut fonctionner efficacement sans une ceinture de sécurité écologique qui limite les perturbations extérieures. Or, les réductions successives de la zone de contrôle civil menacent cette logique. Le magazine Jugan Kyunghyang met en garde : si la tendance se poursuit, il ne restera plus qu’une étroite bande correspondant à la DMZ elle-même, sans protection périphérique. Les experts appellent à un débat public pour définir une stratégie de conservation durable, avant que les dommages ne deviennent irréversibles.

Ce que ça pourrait changer

Les tensions entre développement économique et préservation de l’environnement divisent les acteurs locaux. Le gouverneur de la province de Gangwon envisage de créer un *corridor des énergies renouvelables* dans la DMZ, combinant installations solaires et éoliennes. Cependant, cette approche est critiquée par les écologistes, qui craignent une industrialisation accrue de la zone. Les habitants, quant à eux, subissent déjà les conséquences des aménagements passés, avec une dégradation des paysages et une baisse de la qualité de vie. Le débat oppose ainsi les impératifs économiques, portés par le gouvernement sud-coréen, et les nécessités écologiques, défendues par les scientifiques et les associations locales.

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