Pourquoi les ours, au Japon
Dans l’archipel, ces mammifères géants déambulent de plus en plus souvent dans les zones urbaines, faisant ainsi courir un risque aux habitants. Derrière ce comportement nouveau se cachent la désertification des campagnes et la récente multiplication dans les zones urbaines d’espaces verts qui font office de “corridors” vers les villes, décrypte la presse du pays..
Au Japon, les ours, traditionnellement cantonnés aux montagnes, s’aventurent de plus en plus souvent dans les zones urbaines. Ce phénomène, observé ces dernières années, inquiète les habitants. Par exemple, en 2025, un ours a été capturé dans la ville d’Utsunomiya, située au nord de Tokyo et peuplée de plus de 500 000 personnes. Ces incursions, qualifiées d’urban bears (ours urbains), sont particulièrement marquées sur l’île de Hokkaido, où les ours bruns peuvent peser jusqu’à 400 kg, soit quatre fois plus que les ours noirs d’Asie vivant sur l’île principale du Japon, Honshu. En 2025, le pays a enregistré 238 attaques d’ours, dont 13 mortelles, un record dépassant celui de 2023 (219 attaques et 6 morts).
Deux facteurs principaux expliquent cette migration des ours vers les villes. D’abord, la désertification des campagnes : le dépeuplement des zones périurbaines réduit les terres agricoles, qui servaient autrefois de zones tampons entre les habitats naturels des ours et les zones habitées. Ensuite, l’urbanisation a créé des corridors (passages) entre les forêts et les villes. Selon Yoshikazu Sato, spécialiste de l’écologie de la faune sauvage, ces espaces verts urbains agissent comme des ponts, facilitant l’accès des ours aux zones habitées. Par exemple, les jardins publics ou les potagers attirent les animaux en quête de nourriture.
La présence d’ours en ville représente un danger pour les habitants. À Hokkaido, où les ours bruns sont particulièrement imposants, leur rencontre avec l’homme peut être mortelle. Face à cette situation, les autorités japonaises ont assoupli en septembre 2025 la législation concernant l’usage des fusils de chasse en zone urbaine. Auparavant, il était interdit de tirer sur un ours sans autorisation policière. Cette mesure vise à réduire les risques d’attaques. Cependant, le Mainichi Shimbun, un quotidien japonais, souligne que la solution passe aussi par une meilleure gestion des déchets organiques et des sources de nourriture en ville, comme les arbres fruitiers ou les potagers, qui attirent les ours.
Pour limiter les conflits entre humains et ours, les municipalités sont encouragées à adopter des mesures préventives. Yoshikazu Sato recommande notamment de mieux gérer les déchets organiques et de sensibiliser les habitants à l’importance de ne pas laisser de nourriture accessible aux animaux. Par exemple, éviter de laisser des poubelles non sécurisées ou de cultiver des plantes attractives pour les ours près des zones résidentielles. Ces actions pourraient réduire les incursions des ours en ville. En parallèle, les autorités continuent de capturer les individus repérés dans les zones urbaines pour éviter les accidents.

